jeudi, 27 septembre 2007
Des Vendéens au Vatican, les Zouaves Pontificaux
Voici le texte d'une conférence prononcée à la mairie de Moutiers-les-Mauxfaits (Vendée) le Vendredi 7 Septembre 2007, sur le thême : "Des Vendéens au Vatican, les Zouaves Pontificaux", une épopée plus ou moins oubliée que j'invite à redécouvrir.
Beaucoup de gens sont amenés à rencontrer un notaire pour régler une succession après le décès d'un parent. Parfois le notaire leur apprend qu'il descende d'un zouave pontifical. Alors ils s'exclament: "Tiens, j'ignorais que j'avais eu un aieul qui avait été faire le pitre chez le Pape !!!" En réalité, les zouaves pontificaux n'étaient pas des comiques. Il s'agissait de volontaires venus de différents pays, afin de répondre présent à un appel au secours du Pape Pie IX en 1860.
Parmi eux, la majorité était constituée de Français, surtout originaires de l'Ouest de la France, des Vendéens ou des descendants de Chouans. Mais on trouvait aussi des Français d'Amérique, essentiellement Québécois ; des Belges qui furent les premiers volontaires ; des Suisses partisans du Sonderbund ; des Espagnols carlistes ; des Portugais miguélistes; des Anglo-Saxons (Américains, Irlandais, Anglais, Bavarois, Hollandais) ; des Slaves et des Sud-Américains. Bref une réunion d'Européens et de descendants d'Européens. Tous ont abandonnés femmes et enfants, études ou professions, leurs pays et parfois même leur continent: afin de témoigner de la même Foi, tous se réclamait de la Vendée de 1793, du combat pour la Liberté d'Expression, c'est-à-dire la Liberté de culte et de conscience.
Cette conférence sera en trois parties: 1) Pourquoi le Pape Pie IX a-t-il appelé au secours ?
2) L'Epopée des Zouaves Pontificaux.
3)Ce qu'ils sont devenus après cette épopée, et l'Italie ?
Illustrations: www.military-photos.com où vous pouvez contempler des photographies de Zouaves Pontificaux et des médailles commémorant les batailles de Castelfidardo et de Mentana, que devait leur remettre le Pape Pie IX.
http://www.zouavespontificaux.be/principale.htm (la Société Royale des Zouaves Pontificaux de Thuin, un groupe wallon de reconstitution).
1) Pourquoi le Pape Pie IX a-t-il appelé au secours ?
a) Les Origines:
Tout d'abord, il nous faut remonter loin dans le temps, c'est-à-dire en l'An 756. Cette année-là, Pépin le Bref obtient la création des Etats Pontificaux. Un double but: permettre au Pape d'exercer un pouvoir temporel délimité par des frontières territoriales et être ainsi indépendant de toute tutelle d'empires ; et permettre aux empereurs de régner sur leurs sujets sans que le Pape puisse s'ingérer dans leurs pouvoirs temporels.
IL a fallu attendre le règne de Charlemagne pour que ces états soient une réalité. Avec ces armées, le fils de Pépin rétablit sur le trône de saint Pierre, le pape Léon III chassé par les Lombards. Charlemagne s'engagea à envoyer des troupes franques afin de garantir l'existence, l'indépendance et la pérennité de ces états. Tous les sucesseurs de Charles appliquèrent ce serment, même quand les papes régnaient sur la Papauté d'Avignon au XIVème siècle. Ce qui a valu à Charlemagne d'être couronné "Empereur Romain d'Occident" à la Noel de l'An 800 par le Pape Léon. Celui-ci donna à la France, le surnom de "Fille ainée de l'Eglise".
Les Etats Pontificaux étaient cette bande de territoires au milieu de l'actuelle Italie, ils se composaient de cinq provinces appelées des Légations: au Nord, l'Ombrie et la Romagne ; au centre le Latium avec la capitale Rome ; et enfin au sud, les Marches - ce qui veut dire les frontières - et les Abruzzes.
b) Les Révolutionnaires:
C'est de la France que viendra le crépuscule de ces états en 1798: l'armée révolutionnaire commandée par les généraux Berthier et Championnet ravage l'Italie (massacres, éxécutions sommaires) suscitant une chouannerie dans le Royaume de Naples menée par Fra Diavolo. L'Armée révolutionnaire dépose le Pape Pie VI et proclame la République Romaine. Le Saint-Père est fait prisonnier, il est violenté, humilié. Les Révolutionnaires le traineront de prison en prison, de Sienne à Valence en France où il mourut d'épuisement en Août 1799.
Quelques années plus tard, son successeur Pie VII lui aussi sera fait prisonnier par les mêmes armées révolutionnaires devenues impériales, et jusqu'à Fontainebleau. Et il faudra attendre 1815 pour que le Souverain Pontife retrouve ses prérogatives et l'indépendance de ces états.
Mais les armées de la Révolution avaient unifié l'Italie et lors du Congrès de Vienne, la totalité des royaumes d'Italie étaient ressucités: au Nord, le Royaume du Piémont-Sardaigne avec la Savoie et la Ligurie inclues ; la Lombardie et la Vénétie incluant le Frioul étaient annexées à l'Autriche. Si le duché de Parme, redonné aux Bourbons-Parme et celui de Modène à la noble famille d'Este, étaient de nouveau indépendants. Ils étaient en fait assujettis à l'Autriche comme le duché de Toscane. Au centre, les Etats Pontificaux. Au Sud, le Royaume de Naples récupéré par la dynastie légitime: les Bourbons-Siciles.
Une majorité de Lombards et de Vénitiens vivent mal l'occupation autrichienne, ce qui suscite une solidarité de tous les italiens envers eux. Mais seule une minorité d'entre eux souhaite l'unification de l'Italie au détriment des Etats Pontificaux, une unification se réclamant de la Révolution Française et de la Terreur, elle est donc anticléricale. La majorité de ces nationalistes, qu'on nommera les Unitiaristes, sont originaires du Piémont . Où les monarques Charles-Albert, puis son fils et successeur Victor-Emmanuel, partagent les visées de ces minoritaires. Ceux-ci sont rassemblés au sein d'une société occulte, liée à La Franc-Maçonnerie, les Carbonari. Parmi eux Cavour, le futur Napoléon III. Ils ont le soutien d'Otto von Bismarck, qui se fera connaitre par une politique foncièrement hostile envers les Catholiques allemands, le Kulturkampf.
Les Rois du Piémont désiraient l'Unification à leur profit: devenir Roi d'Italie. La résurrection des autres états italiens et surtout ceux du Pape, était un obstacle à leur ambition. La lutte contre l'Autriche était un prétexte, afin de se rallier les Italiens solidaires des Lombards et des Vénitiens occupés. Et l'Autriche était une grande puissance catholique. C'est pourquoi, Napoléon III, carbonaro, fera la guerre à l'Autriche et ces armées battront les Impériaux à Solférino.
Car le XIXème siècle restera une période d'instabilité, la conséquence de la Révolution Française et de l'Empire. A la chute de Napoléon, l'Europe ne retrouvera pas un équilibre pérenne: émeutes et révolutions se succèdent dans de nombreux pays occidentaux: 1821, 1829, 1830, 1832, 1848, 1849, 1860, 1870. Et ce siècle se terminera dans le chaos de la Première Guerre Mondiale.
Les Carbonari ne sont pas parvenus à convaincre l'opinion publique italienne d'une manière pacifique par des campagnes de presse ou par les oeuvres du compositeur nationaliste Guiseppe Verdi. L'opinion garde un souvenir effroyable des armées révolutionnaires. Alors ils vont choisir la force, préssés de parvenir à leur but au plus tôt: attentas, assassinats... Voici quelques exemples: 1831, émeutes réprimées à Bologne, Ferrare, Rome et Ancône; 15 Novembre 1848, assassinat de Pélégrino Rossi, ministre du Pape Pie IX; assasinat en 1854 du duc régnant de Parme, Charles III (né en 1823). Celui-ci était le beau-frère du Roi de France Henri V (1820-1883), "le Comte de Chambord" qui ne régna pas, et le grand-père de Zita de Bourbon-Parme (1892-1989), la dernière Impératrice de l'Autriche-Hongrie.
c) Un résistant:
Face aux Carbonari, le rempart de la Chrétienté fut le Pape Pie IX.
Illustration: www.papapionono.it site en italien.
Né Giovanni Maria Mastai Ferreti en 1792 dans une famille Noble habitant Senigallia, entre Ancône et Rimini, en plein coeur des Etats Pontificaux. Une commune qui deviendra une station balnéaire au XXème siècle. Enfant puis adolescent, il fut le témoin impuissant des exactions des armées révolutionnaires. Ordonné prêtre en 1819, évêque d'Imola en 1827. Il fut apprécié pour être un clerc à la fois pieux et chaleureux, savant et proche du Peuple. Il est élu pape le 18 Juin 1846 à 23 heures 45. Il prit le nom de Pie IX. Son élection laissa présager que le nouveau pontife serait un souverain libéral et favorable à l'Unification.
Il en fut rien. Il refusa de déclarer la guerre à l'Autriche, même s'il stigmatisait l'Occupation Autrichienne. Son raisonnement peut sembler logique: il n'allait pas déclarer la guerre à une puissance catholique, en s'alliant aux Unitiaristes qui désiraient la disparition de ces états. Une logique que ne voulurent pas comprendre les Unitiaristes. D'autre part en 1856, l'Empereur François-Joseph fera des démarches pour signer un concordat avec le Pape Pie IX. Pour la plus grande joie de celui-ci, François-Joseph renonçait au "Joséphisme", une politique de soumission de l'Eglise à l'Etat et qui avait suscitée des troubles dans tout l'Empire Austro-Hongrois dès 1780 et la fermeture de couvents.
Tout au long de son pontificat, le plus long de toute l'Histoire (32 ans) depuis celui de saint Pierre (35 ans), il se fit l'apôtre de la Contre-Révolution en publiant des brefs, des lettres apostoliques ou encore des encycliques. Ainsi il rappelait la doctrine sociale et morale de l'Eglise face aux idées nouvelles. Ce qui déplut même au sein de l'Episcopat. Ces adversaires le taxeront d'intransigeance, et d'être un souverain réactionnaire, alors qu'il n'était que conservateur: comme l'actuel Pape Benoit XVI, il estimait que ce n'était pas à l'Eglise à s'adapter à la Société, mais à la Société à s'adapter à l'Eglise. Tous ces successeurs garderont ces positions:
-Dénonciation du Communisme, alors naissant, dès 1846.
-Dénonciation dans le Syllabus et dans l'encyclique Quanta Cura du Libéralisme, du Modernisme, et du Capitalisme jugé anti-social en 1864. Il soutint la publication du livre Le Libéralisme est un péché d'un jésuite espagnol.
Ce Pape estimait que la doctrine qui veut séparer l'Eglise de l'Etat est erronée: l'Etat ne bénéficie pas de droits sans limites et l'Eglise possède des droits propres. Ceux-ci ne pouvant pas dépendre de l'autorité civile. Celle-ci doit se conforter au Droit Naturel dans le gouvernement et l'élaboration des Lois.
Voici d'autres preuves de la Résistance du Souverain Pontife aux Carbonari:
-la signature de concordats permettant de garantir les droits de l'Eglise (liberté de culte et d'enseignement) entre le Saint-Siège et la Toscane, l'Espagne et la Bolivie en 1851, et avec le Guatemala et le Costa-Rica en 1852 après celui avec la Sainte Russie en 1846.
-le rétablissement de la hiérarchie épiscopale catholique dans des pays protestants où jusque là cette hiérarchie était interdite depuis la Renaissance: en Angleterre en 1850, en Hollande en 1853 et enfin en Ecosse en 1873. Désormais les catholiques auront les mêmes droits civiles que leurs compatriotes réformés dans ces pays: ce qui va susciter, une conversion en masse de plusieurs milliers d'intellectuels en Angleterre entre 1845 et 1850: le Mouvement d'Oxford. Les conversions les plus retentissantes sont celles de deux théologiens anglicans, les cardinaux John Henry Newman (1801-1890) en 1845 et Henry Edward Manning (1808-1892) en 1850.
illustration: Le Cardinal Newman: www.jhnewman-france.org/cardinal/index.htm
-la promotion de l'Action Catholique et du Catholicisme Social, dont le chef de file en France était Albert de Mun (1841-1914): l'engagement des laics catholiques dans leur foyer et leur paroisse, mais surtout sur leur lieu de travail en prenant la défense des Ouvriers et les droits de ceux-ci. C'est l'origine de la JAC, de la JEC, de la JOC, c'est l'apparition des prêtres ouvriers, d'oeuvres de bienfaisance, des mutuelles et des patronages.
-la main tendue aux Chrétiens d'Orient, ce qui devait amener le rétablissement des relations diplomatiques avec l'Empire Ottoman et du Patriarcat de Jérusalem disparu depuis 1291 avec la nomination de Monseigneur Valera comme patriarche; la protection des minorités chrétiennes quelque soit leur rite et celle des Lieux Saints, grâce à la signature d'un firman avec le Sultan répartissant la garde des Lieux Saints entre les Grecs, les Arméniens et les Latins. Par conséquent ,les différentes communautés vont s'entraider à la suite de la proclamation de l'encyclique In Supremi Petri du 6 Janvier 1848 et de la fondation de l'Oeuvre d'Orient: le soutien financier des Chrétiens Français à ceux d'Orient, une oeuvre qui existe toujours: www.oeuvre-orient.fr. Le nombre des Catholiques Latins passe de 4000 à 40000 en quelques décennies.
-la modernisation et la démocratisation des Etats Pontificaux dès le début de son pontificat par la proclamation de l'amnistie pour les détenus politiques, le décret du 15 Mars 1847 édictant la Liberté de la Presse à condition que les écrits ne soient pas hostiles à l'Eglise et qu'ils n'appellent pas au meutre, la création d'une revue philosophique et scientifique Civilta Catholica pour réfuter les idées nouvelles et ensuite celle de l'Observatore Romano, les créations d'un conseil des Ministres (12 Juin 1847) et d'une garde civique (5 Juillet 1847) composée de citoyens de 21 à 60 ans. Pendant tout son pontificat jusqu'en 1870, le Pape Pie IX appellera au gouvernement de l'Eglise des Laics, dont certains étaient mariés.
Le Pape va édifier le chemin de fer pour relier toute l'Italie, afin de parvenir à son but: la réalisation d'une confédération d'Etats Italiens et donc le maintien de ces Etas Pontificaux. Une oipinion, le "Néo-Guelfisme", qui était largement partagée avec la majorité des Italiens. Devant ces mesures prises par le Saint-Père pour la survivance de ces états, les Libéraux et les Révolutionnaires considéraient ces réformes comme les prémices de bouleversements radicaux espérés par eux, mais que Sa Sainteté ne voulait absolument pas. Les révolutionnaires osèrent faire pression sur lui en faisant défiler des foules manipulées au Vatican.
Pendant ce temps-là les autres Unitiaristes ne sont pas restés inactifs contre la Papauté et l'omnipotence de l'Eglise sur l'Occident, malgré la grande popularité que jouissait Pie IX: il faut souvenir d'une foule en délire le 16 Juillet 1846 acclamant l'amnistie des détenus politiques, un arc de triomphe en carton fut édifié. Le Poète Gabriele Rosseti rédigea une chanson vite populaire dont le refrain était: "Vive l'Italie, vive Pie IX, vive l'Union, vive la Liberté !" Rossini composa un Hymne populaire à Pie IX. De nombreux enfants furent baptisés Pio ou Pia.
Voici les actions des Unitiaristes et de leurs partisans: le 1er Janvier 1848, le révolutionnaire Cicercucchia, à la tête d'une délégation de romains, veut forcer le Pape à se renier et à se radicaliser. Il se fait traiter de d'"insatiable" par le Secrétaire d'Etat Ghizzi. Le 3 Janvier 1848 éclatent des incidents opposants des Uniatiaristes aux troupes autrichiennes faisant plusieurs morts. Ainsi commence des émeutes fomentées par de petits groupes bien armés pour pousser Pie IX à la guerre contre l'Autriche et la mise en plaçe de gouvernements ayant des constitutions.
Parmi les manifestants, on constate plusieurs groupes: parmi les Unitiaristes, des partisans d'une République comme le Niçois Guiseppe Garibaldi, célèbre pour avoir participé à de nombreuses révolutions en Amérique Latine en luttant contre des régimes oppresseurs à ces yeux; ou d'autres sont favorables à un royaume d'Italie comme le Comte Cavour. Mais tous ceux désirant le départ des Autrichiens ne sont pas forcément des Unitiaristes: il y a les Nationaux partageant avec Pie IX la volonté de créer une confédération. Le 10 Février 1848, le Pape se dit prêt à des réformes pour le Bien Public, mais il condamne les agitateurs, autrement dit les Unitiaristes.
L'année 1848: le 12 Février, la chute de la Monarchie de Juillet en France et du gouvernement de Metternich en Autriche le 13 Mars. ce même mois, Venise et Milan connaissent des insurrection contre l'occpant autrichien, le Roi du Piémont déclare la guerre à l'Autriche. De tous les états italiens, des volontaires s'engagent dans les troupes piémontaises. Le Pape Pie IX demande à ceux de ces états de ne faire que la sécurité des frontières de ces mêmes états.
Le 15 Novembre 1848, son premier ministre Pellegrino Rosi est assassiné. sous la menace des révolutionnaires du Cercle Populaire de Rome, il est contraint de créer un gouvernement avec les Unitiaristes. Dans la nuit du 24 Novembre, le Pape parvient à s'enfuir de Rome et il se réfugie à Gaète dans le Royaume de Naples. Pendant ces 17 mois d'exil, il sera très proche du Roi Ferdinand II. Le 27 Novembre, il envoie une lettre aux romains où il justifie sa fuite pour garantir son indépendance. Il dénie toute légalité au pouvoir romain des Unitiaristes ayant proclamé la République. En riposte, il fonde une "commission gouvernementale provisoire" qui restera virtuelle.
La République Romaine est dirigée par un triumvirat. celui-ci va s'empresser, pendant ces 138 jours d'existence, de mener une politique révolutionnaire imitant la Révolution française, ce qui prouve une filiation: elle proclame "biens nationaux" tous les biens et propiétésde l'Eglise, des monastères sont profanés voire même détruits. Un grand nombre de prêtres et de religieux sont arrêtés, certains sont éxécutés comme le Cardinal de Angelis.
Dans les légations: pillages, arrestations arbitraires comme celle de la famille du Pape. Son Père a été maltraité, il culpabilise. Le souverain Pontife appelle à l'aide les Puisances Européennes. L'Assemblée Législative Française se déclare prête à envoyer des troupes pour rétablir le Pape sur son trône à Rome. Mais Louis-Napoléon Bonaparte ajourne l'envoi de ces troupes, avant de se raviser: le 22 Avril, les armées françaises du Général Oudinot font le trajet Marseille-Civita Vecchia. Elles seront renforcées par le corps expéditionnaire espagnol de 6000 hommes, conduit par le Général Fernando Fernandez de Cordoba.
La République Romaine résiste et recrute des volontaires dans toute l'Italie et le reste de l'Europe, dont 200 Polonais. Un combat entre les Français et les Unitiaristes tournent en faveur de ceux-ci. Louis-Napoléon Bonaparte envoie Ferdinand de Lesseps comme médiateur. Il s'empresse de signer un armistice, de reconnaitre la République Romaine comme état souverain et de l'assurer de la protection de la France. Un retournement brutal qui crée un malaise au moment où les Napolitains avaient déjà rendus au Pape le sud des Etats Pontificaux et que l'Autriche avait rétabli l'autorité du Saint-Siège dans les Légations de Bologne et d'Ancône.
Outré du comportement de Lesseps, Oudinot conteste l'armistice. Louis-Napoléon est obligé de rappeler Lesseps et de renier l'armistice, ce qui suscite un deuxième malaise. Il envoie Claude de Corcelle pour assister Oudinot. Les combats reprirent le 3 Juin. Le 30 Juin et le 2 Juillet, les Révolutionnaires Mazzini et Garibaldi quittent Rome: la République Romaine a vécu. le 3 Juillet avec ces troupes, Oudinot entre triomphalement dans Rome où l'autorité de Pie IX est rétablie. Le 15 Juillet, un Te Deum est chanté. Le surlendemain, le Pape adresse sa joie aux Romains. Et il nomme trois cardinaux, afin que ces derniers dirige une commission d'enquête sur les séides de la défunte République Romaine et condamne les coupables des assassinats de religieux et des profanations.
Le Pape remercia toutes les Puissances de lui avoir permis de retrouver le pouvoir sans toutefois insister sur le rôle de la France, en particulier d'Oudinot et du gouverneur Rostolan. Louis-Napoléon en prit ombrage et écrivit au colonel Ney, une lettre où il désirait que le Pape lui soit désormais soumis et règne d'une manière libérale, avec une sécularisation de l'administation pontificale. Le Souverain Pontife est indigné que le Prince-Président se permette de lui dicter sa conduite: troisième malaise.
Pie IX ne rentra à Rome qu'en Avril 1850.Ces partisans retardèrent son retour en raison de l'état de faillite où se trouvait la République Romaine. Celle-ci était parvenue à réduire voire ruinée l'économie des Etats Pontificaux à cause de l'émission intempestive d'assignats. C'est le Nonce à Paris, Monseigneur Formari, qui fut chargé de contacter les représentants de la Haute Finance. Rothschild accepta de renflouer les caisses des états du Pape, lui qui était déjà le banquier du Pape depuis 1831. L'argent de cette célébrité permit en plus de financer la revue Civilta Catholica. Pendant ce temps-là, quelques carbonari essayaient en vain de faire renaitre la République Romaine dans quelques cités. Le Pape revint et il continua sa politique d'endiguement des idées nouvelles en donnant les preuves que nous avons cité précédemment. En 1854, il promulgua le dogme de l'Immaculée Conception.
C'est pendant cette période là, que le Roi du Piémont, Charles-Albert abdiqua en faveur de son fils Victor-Emmanuel. Il entreprit une politique de laicisation à marche forcée en abolissant les privilèges du Clergé, en spoliant ces biens et en lui interdisant d'en acheter d'autres. Et il reprit la lutte armée contre l'Autriche avec succès, le pape n'arriva pas à lui faire changer d'avis malgré l'envoi d'émissaires. C'est pourquoi, les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Piémont furent rompus jusqu'en 1929 (Accords de Latran).
D'autre part le 28 Janvier 1859 était signé le traité d'allaince entre la France et le Piémont-Sardaigne. le 3 Mai, la France déclara la guerre à l'Autriche, malgré les exhortations à la paix de Pie IX. les Autrichiens furent écrasés à Montebello (le 2 Mai), à Palestro le (31 Mai) et à Magenta (le 4 Juin). Victor-Emmanuel et Napoléon III entrèrent en libérateur à Milan le 8 Juin, alors que Garibaldi et ces Chemises Rouges occupaient Côme, Bergame et Brescia: l'unification était en marche. Les Carbonari manoeuvrèrent une partie de la population des duchés de Parme, de Modène et de Toscane: Victor-Emmanuel proclama leur annexion au Royaume du Piémont-Sardaigne et il choisit Florence comme capitale provisoire. Les souverains de ces duchés furent contraints à l'exil. Et les Etats Pontificaux subirent les mêmes manoeuvres. Le Pape appela à l'aide de nouveau les Grandes Puissances, qui cette fois-ci ne bougèrent pas.
Alors que Garibaldi et ses troupes, "les Mille", financés par l'Angleterre, débarquent et ravagent en quelques jours Naples et ces alentours: c'en est fini du Royaume de Naples. Le Roi François II de Bourbon-Siciles s'enfuit à Rome. Que s'est-il passé ? Ce royaume était l'un des plus prospères de la Méditerranée et avait une marine imposante. Il s''est avéré qu'un grand nombre de responsable de son administration et de son gouvernement avaient été gagné aux idées nouvelles, certains avaient même été soudoyé.
Ce fut loin d'être le cas de la population locale, paysanne ou ouvrière: pendant près de vingt ans, ceux qui seront appelés les "Briganti", vont résister armes à la main (insurrection, guerilla, reconquête de villes) à l'envahisseur piémontais et surtout anticlérical. Ils se soulèvent pour Dieu et le Roi Bourbon comme jadis les Vendéens en France en 1793. Ils connaitront un sort simillaire: répression, massacres, le martyre. Parmi leurs chefs, un espagnol, le Carliste José Borjes et un français, le Comte Henri de Cathelineau.
illustrations: sites en italiens: http://www.brigantaggio.net/
http://www.libreriasangiorgio.it/briganti.htm
http://www.ilportaledelsud.org
Devant l'inaction civile des gouvernements, même ceux ouvertement catholiques comme l'Espagne ou le Portugal, la population majoritairement catholique de ces pays veulent se soulevern pour soutenir la Papauté: ce sont les futurs Zouaves pontificaux. En France, la population est encouragée par des Prélats combattifs comme le Cardinal Pie, traditionnaliste, ou Monseigneur Dupanloup, libéral. C'est une campagne de presse sans précédent ochestrée par un catholique militant: Louis Veuillot (1813-1883). Il se fait le héraut du Pouvoir Temporel du Pape dans son journal L'Univers. Pie IX dira de lui: " Il m'a mieux servi que certains de mes cardinaux!" . C'est aussi des pétitions et la collecte de fonds: c'est la création de l'Oeuvre de Saint Midul en Autriche et en Allemagne, et le Denier de Saint Pierre en Belgique et en France. Ces finances vont permettre l'entretien des Zouaves Pontificaux.
Ils sont recrutés par un prince wallon, Monseigneur Xavier de Mérode, afin d'organiser une véritable armée de défense des Etats Pontficaux. Mérode fit appel à un de ces cousins, un officier prestigieux et opposant farouche à Napoléon III, le Général de Lamoricière. L'Empereur est scandalisé de ce choix, lui qui avait fait emprisonné Lamoricière. Afin d'enquiquiner Napoléon, Pie IX confirme le choix de Mérode: il nomme Lamoricière commandant en chef des Troupes Pontificales.
Le Général adresse aux Zouaves, l'ordre du jour: " La Révolution comme autrefois l'Islamisme, menace aujourd'hui l'Europe, et aujourd'hui comme alors, la cause de la Papauté est la cause de la Civilisation et de la Liberté du Monde. Soldats ! Ayez la confiance et soyez certains que Dieu soutiendra votre courage et l'élèvera à la hauteur de la cause, dont il a confié la défense à nos armes ! "
illustrations: le Général de Lamoricière: http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:louis-de-lamoriciere.ipg
Louis Veuillot: http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Veuillot
2) L'Epopée des Zouaves Pontificaux.
Jusqu'à l'arrivée des Zouaves, les Troupes Pontificales étaient en nombre dérisoire: onze bataillons de 600 hommes, mal vétus, mal armés et ayant la réputation d'être indisciplinés et incompétents ! L'intendance était inexistante et les canons étaient obsolètes.
Les premiers Zouaves étaient des Belges, voici l'identité des quatre premiers: Jean Moeller, Albert de Robiano, Zénon de Résimont et Paul de Mouix. Les plus nombreux furent au début des Hollandais, avant d'être dépassé par les Français. Les pays avaient laissé la création de cabinets de recrutements appelés les "Comités de Saint-Pierre"; en France, c'était à Paris et à Marseille. Les Irlandais formaient "le Bataillon de Saint-Patrick", les Belges et les Français: "les Tirailleurs Franco-Belges", les Autrichiens: "les Bersaglieri". Les Franco-Belges étaient dirigés par le Vicomte Louis de Becdelièvre, capitaine de l'Armée Française, vétéran de la Campagne d'Afrique et de la Guerre de Crimée où il avait obtenu la Légion d'Honneur. Apparut un corps de cavaliers, qui se regroupèrent sous le nom des "Guides de Lamoricière", à leur tête un Capétien, le Comte de Bourbon-Chalus.
Mais les plus ardents, ce fut les Vendéens: Amélineau, Clénet, Daviet, pour citer quelques noms de familles paysannes et un grand nombre de leurs châtelains: Lambilly, Larocque-Latour, Sairigné, La Mardière, du Réau de la Gaignonnière, La Roche-Saint-André...Mais aussi des noms illustres des Guerres de Vendée: Bonchamp, Lescure, Sapinaud, Stofflet, Cathelineau et un grand nombre de membre d'une même famille bretonne: les Charette de la Contrie. Quelques noms de Lorrains qui s'installeront plus tard en Vendée: Sagot, Aymer de la Chevalerie, La Rochethulon. Ils formèrent "les Chevaliers de Saint-Pierre", ils étaient aussi appelés "les Croisés de Cathelineau" du nom du Comte Henri de Cathelineau (1813-1891), chef des "Briganti" et vétéran miguéliste, qui les commandait. Il était le petit-fils de Jacques Cathelineau (1759-1793), "le Saint de l'Anjou" qui fut le premier chef Vendéen.
Or parmi ces volontaires, tous n'étaient pas des millitaires de carrières. Lamoricière va parvenir à ce qu'ils deviennent des milliitaires aguerris. Et il y a urgence: les troupes piémontaises occupaient toujours les légations du Nord et marchaient sur Rome en assiégeant Ancône. Ils souhaitaient ralliés Garibaldi demeuré à Naples. Les Zouaves vont devoir combattre et c'est la bataille de Castelfidardo, le 18 Septembre 1860: les premiers Zouaves arrivés, 7 à 8000 hommes, tentèrent de barrer la route à plus de 60 000 piémontais. Malgré des prodiges d'héroismes, Lamoricière alla s'enfermer dans Ancône avec les débris de son armée et résista ensuite pendant onze jours de siège avec plus que 2000 hommes. Becdelièvre parvint à le secourir avec 6000 hommes. Mais le nombre de combattants divergent selon les sources.
Becdelièvre charge le Colonel de Pimodan de se diriger vers la rivière Masone. Avec ces troupes et des renforts de Becdelièvre et l'artillerie de Blumentsthie, il franchit le court d'eau à gué et prend la ferme de Crocette à mi-pente de la colline de Castelfidardo. Ils essayèrent de récupérer une deuxième ferme, mais Pimodan est tué comme plus de la moitié des volontaires franco-belges sous la mitraille et les bombes piémontaises. Athanase de Charette de la Contrie, blessé deux fois, parvient à franchir les lignes ennemies avec ces troupes, en se cachant dans des montagnes avant de regagner Rome. Castelfidardo est un échec, un désastre pour les Troupes Pontificales qui, contre toute attente, sont portés en triomphe: l'opinion publique les célèbre comme des modèles. Le Pape leur remet une décoration pour avoir été vaincu !!!
Les Zouaves Pontificaux non-italiens sont expulsés vers leur pays d'origine aux frais de l'Armée Piémontaise. Moins d'un mois après, ils reviennent avec des renforts venus de toute l'Europe et l'Amérique: un Chilien, un Péruvien, un Equatorien, deux Brésiliens et trois Américains dont deux Sudistes. Et même des Australiens et des Néo-Zélandais, un Turc, un Marocain et un Indien de l'Ile de Madras ! Selon certaines sources, le nombre - peut-être exagéré - des nouvelles recrues est de 70 000 hommes. Lamoricière, qui s'était bien douté que Castelfidardo ne pouvait être qu'un désastre, continua la lutte pour Dieu et le Pouvoir Temporel du Pape. Les volontaires franco-belges comme les "Croisés de Cathelineau" se battait aussi pour le rétablissement de la Royauté en France.
Avant l'arrivée des nouvelles recrues, Lamoricière constitua le 1er Janvier 1861 un nouveau bataillon de 600 hommes répartis en six compagnies, ils reçurent le nom de Zouaves Pontificaux, on ne parle plus de Volontaires, de Bataillon ou de Croisés. Le commandant en second est choisi, il s'agit d'Athanase de Charette. Outre d'être le petit-neveu du Héros Vendéen, il est l'arrière-petit-fils du Roi de France Charles X .
Il faut le répéter, tous étaient prêts à mourir pour le Pape, ils rêvaient même du martyre. Un témoignage parmi tant d'autres, celui du Zouave Breton, Joseph Rialan : "Je pars et je suis prêt à faire le sacrifice de ma vie pour la défense du Saint Père. Priez pour moi et demandez à Dieu que je sois martyr. " Son père notaire regrettait d'être trop vieux pour mourir avec lui ! D'autre part, les troupes françaises du Général Oudinot étaient sensées défendre l'intégrité des Etats Pontificaux et donc de suppléer les Zouaves. En réalité, elles déclarèrent forfait sur ordre de Napoléon III, elles ne purent qu'empêcher le plus possible les combats entre les Unitiaristes et les Zouaves. Les troupes françaises étaient au nombre de 100 000 hommes. La plupart des Etats Pontificaux étaient occupés par les Carbonari.
Nous connaissons les motivations des Zouaves Pontificaux Européens, on peut supposer qu'elles étaient identiques avec celles des Zouaves venus d'ailleurs, la majorité de ces derniers étaient des descendants d'Européens émigrés. Les motivations de ceux d'Europe sont les suivantes:
-Ce sont des Catholiques fervents, partisans d'une société devant être ouvertement chrétienne: le Pape a un pouvoir spirituel confondu avec son pouvoir temporel qu'Ils veulent défendre coute que coute. Le Pape étant le représentant de Dieu. Quand le Saint-Père parle, c'est Dieu qu'on entend.
-Ils sont les petits-fils ou petits-neveux de combattants pour la Liberté d'expression, c'est-à-dire la Liberté de Culte et de Conscience pour Dieu et pour le Roi. Des combattants martyrisés sous la Révolution ou l'Empire. La République a massacré leurs ancêtres, ils sont donc royalistes. Ils ont repris le flambeau, car les tenants des idées nouvelles ont repris les exactions de la Révolution et de l'Empire.
-Ils étaient tous légitimistes: ils vénéraient les Bourbons, dont le Roi de France en exil et qui ne devait pas régner: Henri V (1820-1883), le Comte de Chambord, qui est mort sans postérité. Le Pape Pie IX avait refusé qu'il se mette à la tête des Zouaves. Une dévotion qui s'étendait à tous les Bourbons, y compris aux souverains détrônés de Parme et de Naples. En 1905, un vétéran des Zouaves, devait écrire: "Chez nous, point de défaillance, soldat de Dieu, soldat du Roi (...) Dieu est avec nous et au Ciel Pie IX et Henri V prient pour nous."
-La plupart des Zouaves venaient de la Campagne, restée conservatrice. Leur Clergé était légitimiste et les harangait contre l'impie Napoléon III qui reniait les engagements de Charlemegne. Ils ont suivi de bonne grâce leur châtelains.
Illustration: Henri V: www.comtedechambord.fr
Si les Zouaves pontificaux furent les plus célèbres, il y avait d'autres corps de volontaires dans l'Armée Pontificale: une gendramerie, un bataillon de chasseur commandé par le Capitaine de Saintenacet une légion crée en 1866. Ces corps seront confondus avec les Zouaves. Ceux-ci prêtent serment de fidélité au Saint Siège à Saint-Jean de Latran le 3 Janvier 1861. Les officiers levèrent leurs épées et les soldats présentèrent les armes à l'instant où leur aumonier, l'Abbé Daniel, lu le texte de la prestation de serment.
Monseigneur Xavier de Mérode envisageait d'utiliser l'Armée Pontificale pour reconquérir une partie des territoires perdues: les troupes devaient y parvenir jusqu'en 1870. Mais la zizanie régna entre Mérode et Becdelièvre, chacun ayant sa propre stratégie, au moment où de la prise de la Corrèze et de la campagne vers la région de Sabine. Ordres et contre-ordres ne permettent pas de reconquérir les territoires perdues dès le mois de Janvier 1861: Becdelièvre et plusieurs de ces officiers, dont le Vendéen Lemonnier, démissionèrent et quittèrent l'Armée Pontificale. C'est un Suisse Romand, le Colonel Allet, qui succéda à Becdelièvre. Il maintient Charette comme second.
Mais l'Armée de Napoléon III les empéchèrent de combattre les Piémontais. Ils furent réduits à un rôle de police poursuivant des bandits de grands chemins, précurseurs de la Mafia. Le gouvernement Pontifical accusèrent les Piémontais de soutenir ces premiers maffiosi, à ne pas confondre avec les "Briganti". Il eut quelques combats avec les bandits. Les Zouaves étaient cantonnés au Sud de Rome, à Marino, une bourgade des monts albins, jusqu'en Décembre 1862. Certains Zouaves s'offusquèrent de combattre des bandits et non les Piémontais, d'autres au contraire ont pris goût à la vie aventureuse et celà dura jusqu'en 1864. Dans l'intervalle, le bataillon était réduit à 300 Hommes, beaucoup étaient repartis chez eux. Ceux qui étaient restés furent conviés à des fêtes.
Cependant, le 15 Septembre 1864, le ministre des Affaires Etrangères de Napoléon III signa à Paris avec le Marquis Vepoli (représentant le Roi d'Italie), un document retirant définitivement les troupes françaises d'Oudinot des Etats Pontificaux. Autremendit, l'Empereur abandonnait le Pouvoir Temporel du Pape au profit du Piémont. En contrepartie, Victor-Emmanuel prit des engagements pour ne pas violer l'intégrité des Etats du Pape. Mais tout le monde savait bien que ce monarque n'allait pas tenir ces engagements: il révait d'annexer Rome depuis des années. Le Pape Pie IX semblait se résigner, car le 10 Septembre 1865 Lamoricière meurt. Le Souverain Pontife est contraint de relever Mérode, malade, de ces fonctions. Mérode alla s'occuper de travaux d'urbanisme dans Rome.
Pie IX le remplaça par le Général Badois Kanzler nommé au titre de pro-ministre des Armées, qui réveille les Zouaves. Il les réorganise. Il faut réagir face à l'abandon de Napoléon III: les Zouaves, qui étaient repartis chez eux, reviennent au Vatican avec de nouvelles recrues. Contre toute attente et pour plaire à Eugénie, l'Empereur envoie une légion constituée de Catholiques de l'Est de la France: Alsaciens, Lorrains et Franc-Comtois seront intégrés à la Légion Romaine par Kanzler. Mais Napoléon III empécha que cette légion puisse recruter plus de mille volontaires.
De plus, il obligea les Légionnaires et les Zouaves de lui payer une taxe de 665 Francs, sinon ces millitaires se voyaient retirer leur nationalité française, en plus d'être contraint de payer un passeport. Le Pouvoir Fédéral Suisse fit aussi subir des contraintes aux Zouaves Helvêtes par crainte de représailles des Piémontais contre ses ressortissants dispersés dans toute la péninsule. Il faut dire aussi que le Gouvernement Suisse était à l'époque hostile au Catholicisme romain: en 1847, les catholiques, regroupés dans la "Ligue du Sonderbund", surtout ceux de la Romandie, s'étaient soulevés contre Bern et sa politique anti-catholique. C'est la Guerre du Sonderbund. Et beaucoup des Zouaves Suisses ont fait parti de la Ligue.
Illustration: Sonderbund: http://fr.wikipedia.org/wiki/sonderbund
En Février 1867, Giuseppe Garibaldi, qui jadis avait voulu aider Pie IX quand il se faisait l'apôtre du Néo-Guelfisme avant de passer dans le camps Piémontais à cause de sa Haine envers l'Autriche, prépara l'annexion des Etats Pontificaux. IL proclamait qu' il était grand temps de " faire crouler la baraque pontificale". Il ira jusqu'à traiter le Pape de " mêtre cube de fumier" !!! Il recruta des volontaires de dvers pays, dont des repris de justice, et il réengaga ces fameux Chemises Rouges. Au Congrès de la Paix à Genève, le 9 Septembre 1867, il choqua l'auditoire par sa diatribe anticléricale. de retour en Italie, Garibaldi et ses troupes fonçèrent sur les Etats Pontificaux, quand ils ne pourchassaient pas les Briganti. Et de nouveau des Garibaldiens massacrèrent, tuèrent, profanèrent.
Le 1er Octobre 1867 marque le début des affrontements entre Garibaldi et les Zouaves. Il ne parviendra pas dans Rome: il est défait par les Zouaves et les légionnaires lors de la Bataille de Mentana, le 3 Octobre 1867. Les Pontificaux ont battu les dix mille hommes de Garibaldi, qui étaient divisés en six brigades comprenant chacunes trois ou quatre bataillons. La Victoire est dûe aussi au soutien logistique et aux renforts inattendus dres troupes d'Oudinot, sans que le Pape l'ai souhaité: Napoléon III avait encore changé de camp !!! Garibaldi s'est enfui, après avoir cherché en vain la mort.
Le 8 Octobre 1867, une messe d'action de grâce fut célébrée par Pie IX à la Chapelle Sixtine. On pria pour les morts. Le Pape distribua une médaille commémorative aux Légionnaires et aux Zouaves. La victoire de Mentana eut un énorme retentissement et le Général Kanzler aurait voulu poursuivre au plus vite les opérations, afin de débarasser l'Etat Romain des bandes garibaldiennes, mais Napoléon II lui en empécha. Et les finances des Etats du Pape n'étaient pas au beau fixe: le Denier de Saint-Pierre fut réactivé régulièrement depuis 1859.
Cette oeuvre fut créée par Montalembert en 1848. En 1867, en Belgique, elle est administrée par le Vicomte de Villermont et en France, elle est dirigée par le Vicomte de Vaumesnil entouré de Quinze membres actifs dont les députés Lemercier, Keller et Kalb-Bernard ainsi que le banquier Edward Blount (1809-1905), futur co-fondateur et président de la Société Générale. En France, certains évêques se firent les propagateurs et en premier lieu, l'évêque de Poitiers, le Cardinal Pie.
Le Pape Pie IX peut recueillir ailleurs des sommes mirobolantes: En Juin 1867, Cinq Cent évêques du monde entier lui firent don de six millions de Francs; ils étaient réunis à Rome pour commémorer le dix-huitème centenaire du martyre des apôtres Pierre et Paul. Le Saint père reçut de nouveau la même somme comme cadeau pour ces noces d'Or (cinquantième anniversaire de son ordination sacerdotale). Le Courrier de Lyon organisa une souscription qui rapporta 279251 FRancs et celle lançée par L'Univers, 424799 Francs. Ces sommes alla pour l'acquisition d'armes et de plombs pour les troupes pontificales. En Novembre 1867, Monseigneur Pie et ces ouailles de Poitiers constituèrent un "Comité de l'Artillerie Pontificale", qui devait recueillir la somme de 55 600 Francs en Bretagne et en Vendée, afin de fournir des canons à l'Armée Pontificale.
Tous ces soutiens furent bien utiles, mais ils ne purent empêchés la chute de Rome, c'est-à-dire l'annexion des Etats Pontificaux au moment où le pape ouvrait le Concile Vatican I: le point d'orgue de ce concile fut la proclamation du dogme très controversé de l'Infaillibité Pontificale. Plusieurs prélats, parmi les plus libéraux, y étaient opposés comme Monseigneur Dupanloup ou Monseigneur Darboy, l'archevêque de Paris qui sera fusillé par les Communards en 1871. Alors qu'ils étaient favorables à la survie des Etats Pontificaux. Ils s'inclineront, sauf quelques irréductibles qui quittèrent l'Eglise de Rome pour créer une autre église, celle des Vieux-Catholiques.
La Guerre de 1870 entre la prusse et Napoléon III réduira le nombre de Zouaves Pontificaux, rentrés chez eux pour défendre leurs pays, quleques anciens feront le cehemin inverse. Les Unitiaristes profitèrent de ce conflit pour envahir les Etats Pontificaux, le 11 Septembre 1870. Des foyers de résistances ne parvinrent pas à inverser le cours des choses: le Général Kanzler fit compléter à la hâte les fortications de la Ville Eternelle et il reconstitua un Comité de Défense; pour l'honneur, Charette et huit mille pontificaux restés se battirent contre soixante mille ennemis. Ils furent contraint de hisser le drapeau blanc... Après plusieurs jours de prison, ils regagnèrent leurs pays après une bénédiction de Pie IX. Il devait se déclarer prisonnier.
3) Ce qu'ils sont devenus après leur épopée. Et l'Italie ?
a) Ce qu'ils sont devenus.
Un pieux et valeureux officier Français, le Général de Sonis, qui a son grand regret n'avait pas pu participer à l'époppée des Zouaves (Napoléon III l'avait muté en Algérie), engagea les Zouaves dans son propre régiment. Il accepta la bannière au Sacré-Coeur des "Croisés de Cathelineau". Ces derniers devinrent les "Volontaires de l'Ouest". Sonis chargea Charette de hisser cette oriflamme lors de chaque combat. Charette obtint que les Volontaires soit réuni dans un corps francs de six mille hommes. Avec le soutien inespéré et surprenant de Léon Gambetta, qui était anti-clérical, il fit un appel dans la presse pour recruter: les anciens Zouaves, rentrés dans leurs foyers, et leurs proches et descendants intégrèrent les "Volontaires de l'Ouest".
Les "Comités de Saint-Pierre" furent transformés en bureaux de recrutement pour défendre "la Patrie en Danger" surtout en Bretagne et en Vendée comme "le Denier de Saint-Pierre". Les "Volontaires de l'Ouest", commandés par Sonis et Charette, se couvrirent de gloire dans les combats contre les Prussiens à Guillonville, Patay, Loigny. Un grand nombre des Volontaires moururent sur les champs de bataille; les Prussiens saluèrent leur courage. En Janvier 1871, le 1er bataillon de Volontaires constitué de survivants de Loigny allaient défendre le Plateau d'Auvers près du Mans, lorsqu'il reçut l'ordre de battre en retraite sur Alençon. Le 18 Janvier, Charette reçut un brevet de Général de Brigade, il avait trente-huit ans. Le 24, un décret ministériel lui donna le commandement d'une divisoin de mobilisés bretons, mais l'armistice fut proclamée. Et la France perdit l'Alsace et la Moselle...
Les combats terminés, le nouveau Ministre de la Guerre, le Général de Cissey, proposa à Charette d'inclure les Volontaires dans l'Armée régulière. Charette, en accord avec les Volontaires, refusa. Et son régiment fut donc dissous en 1871; quand aux régiments québécois, le dernier ne fut dissous qu'en 1993 !!! Les anciens zouaves s'engagèrent en politique ou entrèrent dans les ordres. Charette créa un bulletin de liaison l'Avant Garde qui sera publié jusqu'en 1932: une revue qui entretenait les opinions politiques et religieuses des vétérans.
Ils luttèrent pour Don Carlos, prétendant légitimiste au trône d'Espagne. Ils soutenèrent ainsi leurs frères d'armes, les Carlistes. Ceux-ci comme les "Croisés de Cathelineau" portaient le scapulaire sur la poitrine. On réactiva une nouvelle fois les Comités de Saint-Pierre: plusieurs départements de l'Ouest, dont celui de la Vendée, finançèrent les troupes de Don Carlos. Avant que les plus jeunes d'entre eux ou leurs descendants intègrent " la Fédération Nationale Catholique" du Général de Castelnau.
Et ils luttèrent contre la poliique anticléricale (contre l'expulsion des Chartreux, contre les Inventaires, la rupture des liens diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, contre la fermeture de l'Ecole Catholique) des gouvernements républicains pendant "la Belle Epoque" avant de s'engager dans la Résistance contre Hitler à l'appel de Castelnau. Après avoir financé la construction de la Basilique du Sacré-Coeur à Montmartre: celle-ci était édifiée pour expier la politique des gouvernements républicains et pour leur rappeler les racines chrétienne de la France à travers le culte du Sacré-Coeur. Dans ce sanctuaire, on peut admirer une fresque datant de 1923 où sont représenté des Héros de la France Chrétienne, dont Pie IX, Louis Veuillot, Sonis et Charette. Leur conviction, celle du Catholicisme Social, est aujourd'hui celle de la "Droite Humaine" incarnée par Madame Christine Boutin.
Les descendants des Volontaires se regroupent au sein de l'Association des Descendants de Zouaves Pontificaux. Il existe aussi l'Association Sonis-Loigny et la Réunion de la Noblesse Pontificale en France. Au Début du XXème siècle des croix et des monuments ont été édifié à Loigny. A la suite de l'Abbé Daniel, plusieurs prêtres dans l'Ouest, sauf en Vendée, ont payés la réalisation de vitraux honorant les Combats des Vonlontaires. D'autre part on peut admirer des vêtements et des armes des Zouaves dans trois musées: le Musée de la bataille de Loigny en France, le Musée de la Civilisation au Québec et celui d'Odelsmouch près de Breda en Hollande.
illustrations: Monuments à Loigny: http://www.loire1870.fr/monu_loigny.htm
Vitraux exaltant les Volontaires: http://www.loire1870.fr/vitraux.htm
La demeure ancestrale des Mastai Ferreti à Senigallia est devenu : "Le Musée Pie IX".
Illustrations: www.diocenisenigallia.it/pape_pie_ix_htm
www.pappionono.it/fotomuseopionono.htm
b) Ce que devint l'Italie:
Un Franc-Maçon, Franscesco Nitti, devait reconnaitre: "Avant 1860, il y avait dans le Sud une plus grande richesse que dans pratiquement toutes les régions du Nord" de l'Italie. Les Napolitains, les Siciliens et les habitants des Pouilles, étaient réunis au sein d'un royaume prospère, celui de Naples. IL sera anéantis par les Unitiaristes. Les Briganti leur résistèrent pendant vingt ans avant d'être exterminés.
Dans tout le reste de l'Italie, la poulation civile se souleva contre les Unitiarites, contre la politique anticléricale des Rois de Piémont assortie de tracasserie voire de persécutions envers les religieux et contre un trop grand nombre d'impôts. Le Peuple commençait à regretter l'Italie morcellée d'autrefois. Un soulèvement qui avait commençer au moment où les Zouaves tentaient encore de pérenniser les Etats Pontificaux. Leur rebellion fut elle aussi réprimée dans le sang. Les survivants furent réduits à la misère: un grand nombre d'entre eux fut contraint à l'exil en France, dans le Mahgreb ou aux Etats-Unis. Là-bas, ils fondèrent des quartiers nommés Little Italy.
Illustrations: italaliamerica: www.italiamerica.org
IL eut quelques Italiens du Sud qui ne purent émigrés. Ils s'inclinèrent devant la force piémontaise, mais ils gardèrent dans leur coeurs le souvenir des Bourbons et de leurs martyres. Quand un siècle plus tard, les Bourbons-Siciles purent revenir dans toute l'Italie du Sud comme simple citoyen. Ils ont depuis oeuvrés au rétablissement de la prospérité dans l'ancien Royaume de leurs ancêtres. Un résultat qui suscita deux mouvements dans l'Opinion:
-Un devoir de mémoire sur la véritable Histoire de l'Italie du Sud, c'est l'oeuvre d' Editoriale Il Giglio (expositions, colloques, publications) et du parc historique " La Grancia".
-La naissance de partis royaliste comme le Movimento Neo-Borbonico ou régionaliste comme Per Il Sud ou sécessioniste comme A Nazione Napulitana.
illustrations: sites en italien: Editoriale Il Giglio: http://www.editorialeilgiglio.it/index.php?lng=it
Movimento Neo-Bornico: http://www.neoborbonici.it/portal/ (site multilingue)
A Natione Napulitana: http://www.nazionenapulitana.org/
Per Il Sud: http://www.perilsud.net/main/
La Grancia: www.parcostorico.it
SOURCES:
-BRIOLLET (Maurice): Les Zouaves Pontificaux du Maine, de l'Anjou et de la Touraine (Imprimerie, Laval, 1969)
-CERBELAUD-SALAGNAC (Georges): Les Zouaves Pontificaux. (France-Empire, Paris, 1969 et 1974)
-COLON (David): -Les Zouaves Pontificaux. Document PDF: http://perso.orange.fr/david.colon/scpoS2/zouaves.pdf
-Un Pape entre Libéralisme et réaction conservatrice. Document PDF: http://pero.orange.fr/david.colon/scpoS2/pie9.pdf
-Un obstacle à l'Unité Italienne. Document PDF: http://perso.orange.fr/david.colon/sc-po/PieIX.pdf
-CHARETTE (Maurice de): Les Zouaves Pontificaux (Revue "Itinéraires", Paris, 1966, numéro réédité par l'Association Sonis-Loigny, Rededon, 1996).
-CHIRON (Yves): Pie IX, pape moderne. (Clovis, Bitche, 1995 et Clovis, Etampes, 2007)
-EPIPHANIUS: Maçonnerie et sectes secrètes, le côté caché de l'Histoire. (Publications du Courrier de Rome, Versailles, 1997 et 2005).
-GOBRY (Ivan): Pie IX, le pape des tempètes. (Jean Picollec, Paris, 1997).
-GODECHOT (Jacques): Histoire de l'Unification Italienne. (Fayard, Paris, 1971)
-GUENEL (Jean): La dernière guerre du Pape, les Zouaves Pontificaux au secours du Sain
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