samedi, 11 octobre 2008

Le Cid en son temps.

L'intégralité du contenu de cette enquête a été publié le 23 Mai 2009. Nous aurions aimé le publier beaucoup plus tôt, en 2008. Mais nous avions dû suspendre notre enquête à cause de problèmes personnels (chômage, soucis financiers). Nous sommes désolés de vous avoir fait patienter. 

 Nous vous présentons le résultat d'une enquête beaucoup plus longue que prévue, consacrée au Cid. Nous vous remercions pour, votre patience. Nous avons tenté d'être objectif au sujet de la période (Al-Andaluz) dans laquelle a vécu le véritable Cid, alias Don Rodrigue Diaz de Bivar.

Tout d'abord, nous citons un constat pertinent émis par notre éminent confrère, le médiéviste Philippe Contamine: "Entre les Maures et Chrétiens, jamais d'armistice général ni durable sur toute la ligne de la "frontière", seulement des paix ou des accords partiels, toujours fragiles..."

Première partie: le contexte.

1)Une Chronologie: 

 L'Eté 711 est resté dans les mémoires espagnoles comme le commencement de la conquêt musulmane de la péninsule ibérique: après la victoire rapide sur le roi wisigoth Rodéric, Tolède est submergée. Saragosse sera prise en 714. Les Maures, appelés Sarrazzins, franchirent les Pyrénées, mais leur élan est arrêté devant Toulouse et les armées franques de Charles Martel les repoussent à Poitiers. C'est Pépin le Bref, le fils de Martel et père de Charlemagne, qui les expulse de la Septimanie (l'actuelle région du Languedoc). Désormais, les Maures occupent les deux tiers de la péninsule ibérique, devenant Al-Andaluz, et celà pendant un peu plus de sept siècles. Le tiers nord de la péninsule est demeuré chrétien, mais plusieurs royaumes coexistent difficilement entre eux. Les conflits sont fréquents entre rois chrétiens, ce qui les affaiblissent considérablement. Ces royaumes sont réduits à être sur la défensive face à Al-Andaluz, qui n'est formé jusqu'en l'An Mil que par un seul état, l'Emirat puis Califat de Cordoue. 

  Mais en 1031, le califat s'écroule et laisse la plaçe à plusieurs émirats nommés Taifas. Alors on constate le cas suivant: il arriva souvent qu'un roi chrétien s'unis à un émir contre un autre émir ou contre un autre roi chrétien. Parfois, des chevaliers errants, pour leur propre gloire, se vendaient "au plus offrant", sans tenir compte de la religion du suzerain qui s'empressaient souvent de trahir ensuite.  Malgré ces divisions récurrentes dans chacun des deux camps, des prémices de la revanche chrétienne apparaissent de-çi de-là, c'est-à-dire des reconquêtes de villes par les Chrétiens sur les Maures: Barcelone (801), Burgos (885), Zamora (888), Coimbra (1064), Tolède (1085). Mais ces prémices sont arrêtés net par les débarquements provenant du Maroc des Almoravides en 1086 et des Almohades en 1156. Ces arrivées permettent aux Taifas de se consolider jusqu'au début du XIIIème siècle.

 Une série de victoires chrétiennes subites submergent les Taifas: reconquête de Majorque (1229), de Mérida et de Badajoz (1230), Cordoue (1236), Jaen (1234), Séville (1248), Gibraltar (1309). Les chrétiens ne laissent subsister comme vestige d'Al-Andaluz que le petit émirat des Nasrides à Grenade et dont la fondation de la dynastie aura lieu en 1238. La Reconquête est alors suspendue jusqu'à l'avènement d'Isabelle la Catholique comme reine régnante de Castille en 1474. C'est elle qui décide la reprise de la Reconquête en 1481 et qui se soldera par la prise de Grenade par les troupes chrétiennes en 1492. Ce qui suscite l'expulsion des communautés israélites. 

Le mythe d'Al-Andaluz est en fait une reconstruction idéalisée et fantasmée de l'Histoire: certes, il eut des échanges et des influences inévitables entre les royaumes chrétiens et maures. Mais raconter le récit de trois siècles de paix et d'osmoses entre les trois communautés (israélites, chrétiennes, musulmanes) relève de la fiction et occulte le drame des dhimmis et des mudjerares. Le mythe d'Al-Andaluz provient  d'un nationalisme andalous imaginé par Blas Infante (1885-1936), un idéologue convertit à l'Islam en 1924 qui rêvait de l'indépendance du sud de l'Espagne. Son but sera récupéré par des mouvements  libertaires à la fin des années soixante. Ils n'ont jamais encore eu de représentants dans les instances gouvernementales, locales, régionales ou nationales espagnoles. Toutefois, ils ont eu une influence intellectuelle comme le prouve la création en 1980 de la "Djema Islamique d'Al-Andaluz" à l'université Averroès et dont le président fut Roger Garaudy. L'idée du mythe d'Al-Andaluz est de faire admettre qu'une Europe métissée est idyllique.

 2) Les Minorités:

Pendant une durée de sept siècles, les deux tiers de la péninsule furent donc occupés par des ethnies musulmanes. Une civilisation, celle de Mahomet, se substitua dans la violence de conflits et d'annexions, à celle héritée de Rome et du Christianisme. Or, des populations israélites et chrétiennes demeurèrent fidèles à la Foi de leurs pères tout en continuant à vivre dans Al-Andaluz. Comme elles ne s'étaient par converties à l'Islam, elles furent frappés de la Dhimma, autrement dit d'un impôt spécial assorti de contraintes: si elles pouvaient jouir de la Liberté religieuse et d'une certaine autonomie, ces populations appelés dhimmis, devaient subir les mesures suivantes: inégalité judiciaire entre les musulmans et les dhimmis, mariage interdit sous peine de mort entre un dhimmi et une musulmane, interdiction aux Chrétiens de bâtir des églises et de faire du prosélytisme, les dhimmis doivent vivrent dans des maisons plus basses que les musulmans.

Toutefois, quand les Rois Chrétiens ont reconquis des cités islamisés, les populations chrétiennes furent beaucoup plus nombreuses que les musulmans. Et ce sont ces derniers, qui durent subir des mesures vexatoires. Ils furent nommés les Mudejares. Ceux-ci pouvaient garder une partie de leurs biens, leurs mosquées, leur religion et leurs magistrats, mais ils étaient soumis à un impôt et ils ne pouvaient pas faire de prosélitysme. Les musulmans d'Andalousie choisirent l'exil au Mahgreb au XIIIème siècle, mais ceux de Valence n'eurent pas l'autorisation de s'exiler.

De nombreux chrétiens, connus aussi sous le nom de Mozarabes, n'acceptèrent pas de vivre avec le statut de dhimmis, même si le calife leur laissait pratiquer ouvertement leur religion et leur laisser des lieux de culte: ils se révoltèrent à plusieurs reprises et en représailles, ils subirent des persécutions ou ils furent éxécutés. L'Eglise catholique devait les considérer comme des martyrs. Quelques exemples de rebellions: à la fin les habitants chrétiens de Tolède se soulevèrent, leur chefs furent convier à un banquet où ils furent égorger, c'était entre 797 et 800.  Les premiers martyrs de Cordoue en 825. Cependant d'autres chrétiens arabisés se désolidarisèrent de leurs frêres entrés en résistance. Or les chrétiens rebelles étaient encouragés par les Rois Chrétiens du Nord de la péninsule.

Ces Rois accueillaient à bras ouvert les dhimmis, qui parvenaient à quitter Al-Andaluz. Certains de ces immigrés se réfugièrent même en Francie Occidentale (la future France) alors dirigée par la dynastie des Carolingiens. Ils contribuèrent à la renaissance culturelle carolingienne. Parmi eux, on relève le nom des réformateurs bénédictins saint Benoit d'Aniane et Smaragde de Saint-Mihiel et des évêques comme Théodulphe d'Orléans, Agobard de Lyon, Claude de Turin ou Prudence de Troyes. Les Rois Francs tentaient de s'implanter en Catalogne et ils ouvrirent un dialogue difficile avec le Calife de Cordoue. Les ancêtres de ces souverains avaient comme ennemis, les Wisigoths. Ils les avaient expulser jusque dans la péninsule ibérique en 507. Ce sont les Wisigoths qui furent battus par les Maures en 711. Mais les Rois Francs avaient encouragés les chrétiens de Mérida à se révolter contre l'Emir Abd al-Rahman en 828.

D'autre part, de nombreux chevaliers francs, des fils cadets de familles nobles élevés dans le culte des martyrs chrétiens d'Al-Andaluz, vinrent s'engager dans les troupes chrétiennes hispaniques. Par ailleurs, les chrétiens arabisés prirent l'habitude d'assister à une messe ayant une liturgie particulière: le rite mozarabe. Sa liturgie est à la fois inspirée par le christianisme orientale, la liturgie romaine et par des traditions musulmanes.  

Quand l'intégralité de la péninsule ibérique fut reconquise par les troupes chrétiennes menées par Isabelle la Catholique et par son époux Ferdinand, roi d'Aragon, les mudejares devenus les Morisques peurent continuer à vivre leur foi en Allah avec le soutien des Rois Catholiques. Mais ceux-ci tentèrent en vain de les assimiler. En 1525, Charles-Quint promulgua un édit proclamant l'unité religieuse de son royaume, après la divulgation d'une rumeur prétendant que les Turcs débarquaient. Une rumeur infondée qui avait eu la conséquence de dresser les deux communautés entre elles. Les Morisques, qui ne voulaient pas se convertir, devaient quitter l'Espagne.

Deuxième partie: le véritable Rodrigue.

Selon la légende, Rodrigue serait né à la Noel de l'An de grâce 1045. On sait qu'il fut le fils unique de Don Diego Lain, descendant de Lain Calvo, juge légendaire qui avait jadis gouverné au IXème le royaume de Castille. Sa mère, Dona Christina, n'était autre que la fille de Don Rodrigo Alvarez, chef d'une des plus anciennes de l'Asturie. Il porta donc le prénom de son grand-père maternel, un prénom qui marque une ascendance wisigothe. Rodrigo (en français "Rodrigue") est l'adaption ibère du prénom goth Rodéric.

A l'adolescence, il accompagna son père sur les champs de Bataille. Don Diégo Lain était vassal du Roi de Castille et de Léon, Fernand. Il n'y avait que quinze ans lorsque son père mourut. Il partit parfaire son éducation à la cour du Roi Fernand où il devint très proche avec l'Infant Sancho, le deuxième fils du souverain. Il fut armé chevalier alors qu'il avait à peine dix-sept ans. Lorsqu'il eut dix-huit ans,, il fut confronté pour la première fois à la Reconquista et aux divisions du camp chrétien. Le Roi maure de Saragosse, Moktadir, payait un tribut au Roi Fernand. Au nom de la reconquête chrétienne de la Péninsule Ibérique, Ramiro,  roi d'Aragon et frère de Fernand, lui déclara la guerre ainsi que d'autres monarques chrétiens. Moktadir, au nom de la Féodalité, réclama la protection de Fernand contre les autres souverains chrétiens. Que fit Fernand ? Allait-il accepté sa supplique de son vassal mulsulman ? Oui, il l'accepta, il fit donc la guerre aux côtés de musulmans contre les autres princes chrétiens, contre son propre frère. L'issue de la guerre eut lieu le Jeudi 8 Mai 1063 où l'alliance Moktadir-Fernand fut victorieuse. Le Roi Ramiro fut tué, d'après les sources arabes, c'est un soldat sarrazin qui le blessa mortellement, selon les sources latines, c'est l'Infant Sancho -l'ami de Rodrigue- qui embrocha son oncle. 

La revanche du parti chrétien: le Pape Alexandre II, qui considérait Ramiro comme "son fils très soumis et fidèle" et le champion de l'Espagne unifiée pour le triomphe de la Croix, déclencha une croisade contre les maures à l'Automne 1063. Il promulgua une bulle à Castel-Vulterno enjoignant les chevaliers français et italiens à se croiser pour la libération de l'Espagne. La  Croisade fut dirigée par Gui Goeffroy (ou Godefroy), duc d'Aquitaine et de Gascogne. Ces armées franchirent les Pyrénées avec allégresse, elles furent à Urgel où les troupes des ibères chrétiens les rallièrent. Très rapidement, elles prirent  Barboste, une place forte entre Lérida et Saragosse. Cette réussite fut un séisme pour l'Islam. Barboste était invulnérable depuis 363 ans !!! Et elle abritait un grand centre coranique. Les Mulsulmans (on disait alors Mahométans ou Infidèles) décidèrent de taire leur division et de lancer le Djihad. Quelque jours après leur victoire, les Croisés enivrés durent rendre la place aux Mahométans. 

C'est alors que le Roi Fernand se souvint qu'il était chrétien et il lança ses troupes, et il parvint à prendre aux Mahométans, les villes de Visu, Coimbre et Lamego avant de mourir. Sur son lit de mort, il prit une décision qui révolta son fils ainé Alphonse, qui révait d'unifier l'Espagne pouir bouter les Maures: le souverain moribond décida de partager son royaume entre ces enfants comme le faisait jadis les souverains mérovingiens et carolingiens. Alphonse était indigné, il aura beaucoup de mal à réaliser son rêve.  Pour la Reconquête, il faut un seul royaume solide, un état fort et pérenne, une nation constituée autour d'un seul roi et d'une seule lignée. Si oun continue la vieille coutume franque de partager le royaume à chaque fin de règne: un état fort et solide et une nation ne peuvent se créer sur le long terme, et la Reconquête relève de la chimère. Alphonse ne parvint pas à changer le désir de son père, qui mourut. Le royaume du souverain défunt fut alors divisé de la manière suivante: aux deux filles, une plaçe forte chacune, l'Infante Urraque obtint Toro et l'Infante Elvire hérita Zamora. Le reste du royaume fut divisé aux trois garçons du monarque: Alphonse eut le Léon et les Asturies, et Sancho la Castille et la Navarre, le troisième frère (dont le prénom nous est inconnu) hérita quant à lui de la Galice et d'une partie du Portugal.

Afin d'exaucer son rêve, Alphonse supplia ses soeurs et ses frères de renoncer leur héritage pour le bien de la Chrétienté de l'Espagne en voie d'être unifiée. Ils refusèrent catégoriquement. Alors, Alphonse fut contraint de leur déclara la guerre. Nous sommes en 1071. Rodrigue, ami de Sancho, prit les armes pour défendre son ami. Mais très vite, l'issue de cette guerre de succession tourna à la faveur d'Alphonse. Celui-ci magnanime proposa l'arrêt du conflit et une amnistie générale. C'est alors que Rodrigue devait révéler son véritable caractère: la perfidie. Il avait compris qu'il avait de l'ascendance sur Sancho. Il lui dit de feindre en faisant croire à Alphonse qu'il accepta sa proposition de paix et d'amnistie. Rassuré, Alphonse s'attendait à accueillir à bras ouverts son frère et les troupes de celui-ci. En réalité, après le banquet réunissant les deux armées soi-disant réconcilliées, Rodrigue par la bouche de Sancho ordonna le massacre des troupes d'Alphonse. Celui-ci priait dans la cathédrale Sainte-Marie de Carrion, lorsque les armées de Rodrigue l'arrêtèrent. Il put repartir libre. 

Les années passèrent et Sancho n'eut pas d'enfants et donc son seul successeur s'avèra être Alphonse. Rodriogue fit allégeance ou tout au moins feignit de faire allégeance à Alphonse.   Celui-ci le contraignit d'épouser une de ces cousines qu'il ne connnaitra que le jours de son mariage: Dona Chimène, âgée d'une trentaine d'année, fille de Don Diégo, comte d'Oviédo.  Le Roi Maure de Séville, Motamid, devait payer un tribut à Alphonse, celui-ci chargea Rodrigue de récupérer le tribut et de le lui apporter. Or, Rodrigue fut soupçonné d'avoir garder la moitié du tribut pour lui. Il eut un incident qui suscita la furie d'Alphonse: en 1081, Rodrigue attaqua les Maures sans lui avoir demander la permission. Lassé des incartades de Rodrigue, Alphonse le bannit de son royaume.

C'est ainsi que Rodrigue trouva la Liberté de devenir un chevalier errant n'ayant aucuns scrupules. Désormais, il va ravager l'Espagne, combattre tantôt le Maure, tantôt le Chrétien afin de travailler à son propre compte. Il trahissait sans vergogne. Il se gênait pas d'ordonner à son armée de piller ses ennemis, mais aussi ses alliés d'un jours. C'est ainsi qu'il parvint à se tailler une principauté à la lisière du royaume de Castille. Ce qui ne l'empêchait pas de lançer des hordes de pilleurs tout azimuth.  Mais lui aussi avait un rêve, mais il ne souhaitait fédérer l'Espagne pour bouter les Mahométans, il rêvait de faire main basse sur l'opulence de la cité de Valence. Celà devait devenir pour lui, une obsession. 

En 1085, le Roi de Valence trépassa. Il laissa un royaume dont la prospérité était enviée au point de susciter quatre prétendants au trône, outre les deux fils du monarque, on releva le nom de Mostain (Roi de Saragosse) et celui de Cadir qui fut Roi de Tolède. Ce dernier était le vassal d'Alphonse: leurs armées triomphèrent. Et Cadir devint Roi de Valence. Mais il se rendit vite impopulaire, car il imposa très lourdement les Valenciens d'impôts pour rémunérer les troupes castillannes demeurées à Valence après la Victoire. Mais une invasion berbère en Castille contraignit Alphonse à rapatrier ces troupes. Ce qui priva Cadir d'un fort soutien et il restait avec l'animosité de ces sujets. C'est alors que Rodrigue moit au point un stratagème pour conquérir Valence, il ne devait y parvenir seulement qu'en 1094 après les péripéties suivantes:

Il feignit de conclure une convention avec Mostain, roi de Saragosse: tu me laisses le butin, je te laisse Valence. Or, il avait conclu la même convention avec le Prince de Lérida.  Croyant à un secours inespéré, Cadir leur ouvrit grand les portes de sa ville. Rodrigue le reconnut comme suzerain, c'est-à-dire qu'il lui laissait la gestion de Valence et que ces troupes fusionnaient avec celle de cadir au grand dam de Mostain, qu'il avait reconnu auparavant comme son seul suzerain. Mostain rappela le contenu de la convention à Rodrigue, qui s'était laissé corrompre par Cadir. Rodrigue lui dit que s'il souhaitait devbenir Roi de Valence, il devait faire la guerre à Alphonse, suzerain de Cadir. C'était la défaite assurée pour Mostain, qui écoeuré du comportement, regagna son royaume.

Ensuite, Rodrigue déclara à Alphonse qu'il était toujours son vassal et qu'il oeuvrait pour sa gloire et celle de Dieu, et don de l'Espagne unifiée et redevenue intégralement chrétienne. On dirait aujourd'hui qu'il fit "prendre des vessies pour des lanternes" au monarque crédule. Nous sommes en 1089. Pour le remercier de sa prétendue loyauté, Alphonse fait don à Rodrigue d'importantes richesses (châteaux, forteresses, terres reconquises sur les Maures). Celui-ci quitta Valence pour récupérer ces richesses, en chemin il ne put s'empêcher de faire des razzias. Mais il voulait revenir à tout prix à Valence, pour devenir enfin le maitre de cette Cité. C'est alors qu'il réduisit Cadir à un rôle de fantoche, et qu'il gouverna Valence d'une manière tyrannique. 

Mais les Valenciens se soulevèrent et ils parvinrent à déposer Rodrigue de son piédestral après avoir demander l'aide des Almoravides.  Rodrigue fut contraint de quitter Valence, mais il jura qu'il reviendrait prendre Valence et qu'il châtierait les Valenciens qui avait eu l'audace de le déposer. C'est ce qu'il fit: d'abord, son armée forte de sept mille cavaliers, commença à ravagea par les flammes la région avoisinante (populations massacrées, villages et récoltes incendiées). La conséquence fut la suivante, les Valenciens apeurés demandèrent la Paix et le Pardon de Rodrigue. Celui-ci accepta, mais il obtint le départ des Almoravides. Et il parvint à réduire dans un rôle de fantoche, le maitre de Valence, le cadi Ibn-Djahhâf. Il avait succédé à Cadir, qui était mort assassiné.

Or, le cadi se rebella et ce fut de nouveau la guerre. Rodrigue expulsé de Valence, fit affamé la ville et brulé vif tous ceux qui parvenait à quitter la ville. Il arriva très facilement à reconquérir la Cité en faisant tuer les affamés, en livrant les routuriers encore valides aux Almoravides et les familles nobles furent vendues à des marchands d'esclaves. Valence capitula le Jeudi  13 Juin 1094. Il devait continuer à manipuler les musulmans et les chrétiens. Il promit aux musulmans qui leur livra la ville en en échange du cadi. Il fit torturer celui-ci avant de le bruler vif, le cadi ayant refusé de lui donner toutes ces richesses. Rodrigue prétextant le refus du cadi, refusa de rendre Valences aux Maures.

Et c'est ainsi que Rodrigue devint roi de Valence. Mais comprenant qu'il devait laisser une image positive de lui à la postérité, il prépara sa propre légende qui sera populariser après sa mort par les Romanceros. Il prit alors fait et cause pour la Reconquête comme il multipliait les constructions d'églises et de monastères, alors que jusque là il en avait beaucoup incendié. Il mourut le Dimanche 10 Juillet 1099, quatre jours après les Croisés dirigés par Godefroy de Bouillon (14 Juillet 1099) prenaient Jérusalem.  Sa veuve Chimène dirigea Valence et la maintient indépendante jusqu'en 1102 en résistant au roi sarrazin Youssef Ibn Tachfin, qui finit par la vaincre. Elle quitta alors la Cité emmenant avec elle, la dépouille de son époux. Tous les deux sont enterrés à la Cathédrale Santa Maria de Burgos. 

SOURCES:

BAILE (Monique) : Le Cid, la véritable histoire de Rodrigue de Vivar, dit le Cid Campéador (Albin Michel, Paris, 1987).

BENASSAR (Bartlomé): Histoire des Espagnols (Robert Laffont, coll. "Bouquins", Paris, 1992).

PUGET (Marguerite): Cet aventurier sans scrupules qui sert le Maure, trahit sa foi, incendie des églises (...) c'est le Cid avant la Légende, don Rodrigue Diaz de Bivar. (Aux carrefours de l'Histoire, n°38, Février 1961).

Deux recueils de rapports de la recherche historique française et espagnole: L'Espagne de la Reconquista (La Nouvelle Revue d'Histoire, n° 37, Juillet-Août 2008) avec les contributions de Bartolomé Bennassar, Philippe Conrad, José Javier Esparza, Adeline Rucquoi, Jean Kappel, Anne Bernet, René Quatrefages, Rosa Maria Rodriguez Magda. Et la réalité de l'Espagne Conquise ( L'Homme Nouveau, n° 1414, Samedi 2 Février 2008) avec les contributions d'Adeline Rucquoi et de José Javier Esparza.

 

 

 

 

 

 

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