samedi, 16 mai 2009
La Reine Morte entre vérités et légendes
Le 19 Mai 2009 sera diffusée sur France 2, une adaptation prestigieuse dûe à Pierre Boutron d'un chef d'oeuvre du répertoire: La Reine Morte où comment on tue les femmes d'Henry de Montherlant publié chez Gallimard à Paris en 1942. Si le travail d'adapteur de Pierre Bouron est exemplaire et la pièce de Montherlant est admirable, on relève toutefois dans cette oeuvre des approximations avec la réalité historique. Une oeuvre qui fut encore jouée récemment à Paris au Théâtre 14 par Jean-Laurent Cochet et sa troupe.
1) Un drame portugais, une oeuvre française:
Les amours passionnés ont toujours tendance à émouvoir et à traverser les siècles, les littérateurs ne purent s'empêcher de les récupérer: les sentiments sincères entre dom Pedro, fils et héritier du Roi du Portugal Alfonso IV (mort en 1357), et sa chère et tendre donha Inès de Castro (1325-1355) ont inspirer un grand nombre d'auteurs et pas uniquement dans la pénisnsule ibérique. Car Pedro et Inès se bont battus contre la volonté d'Alfonso pour imposer leur amour au grand jours et celà le Roi ne l'admit pas: il fit égorger Inès. Cette union -car il eut mariage devant Dieu selon la légende- fut anéanti par l'intransigeance imbécile, aveugle et meurtière du souverain. Les écrivains français, parfois rebelles à l'ordre établi, ne pouvaient pas ne pas s'emparer de cette histoire lamentable:
Outre la pièçe de Montherlant, nous avons relevé: - Inès de Castro par Antoine Houdart de la Motte, écrite au milieu du règne de Louis XVI et on peut lire cette oeuvre dans le recueil intitulé Chef d'oeuvre de Houdart de la Motte (Bibliothèque des Théâtres, Paris, 1786), qui peut être consulté à la Bibliothèque Municipale de Versailles * sous la côte Rodouard A 201.
- Inès de Castro par Stéphanie Félicité du Crest, comtesse de Genlis (1746-1830), cette oeuvre fut réédité chez Balland à Paris en 1985; on peut un livre exemplaire de cette réédition qui fut bienvenue à la même bibliothèque sous la côte Z D inc 8 281186. Ce livre a été aussi réédité aux éditions Ombres en 1998, achat sur www.chapitre.com
- Inès de Portugal, un opéra écrit en 1864 par un certain Jules Duchesne.
* Bibliothèque Municipale de Versailles, 5 rue de l'Indépendance Américaine, 78000 Versailles. Tél: 01-39-07-13-20.
C'est en 1941 que Vaudoyer alors administrateur de la Comédie-Française souhaitant distraire (!?) les parisiens subissant l'Occupation, qui demanda à Montherlant d'adapter une oeuvre d'un auteur espagnol du Siècle d'Or nommé Ferreira Velez de Guevara. Or Montherlant trouva l'oeuvre médiocre, il accepta toutefois la commande de Vaudoyer mais en commettant sciemment des falscifications avec l'Histoire. La plus visible est le fait qu'il ait rebaptisé Ferrante le Roi Alfonso. Parce que peut-être que dans Ferrante, il y a le radical "Fer" comme dans le mot "féroce", mais je l'avoue, ce n'est qu'une supposition de ma part.
2) l'Histoire véritable :
Nous sommes dans les dernières années du règne d'Alfonso IV, roi du Portugal, issu de la dynastie des ducs de Bourgogne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Maion_royale_du_Portugal
En l'an de grâce 1325 naquit une jolie blonde aux yeux verts, donha Inès de Castro. Non, monsieur de Montherlant, elle n'est pas née roturière, elle n'était pas la fille d'un gueux honorable. Elle fut au contraire fille de noblesse, mais elle devait payer de sa vie, sa naissance: elle était le fruit d'un adultère, née des amours plus au moins clandestins d'un aristocrate galicien, cousin du Roi Alfonso, et d'une dame portugaise. Au début, sa naissance ne semblait pas lui portait tort, puisqu'en 1340 on l'a retrouve dans les atours de donha Constanza Mangel, la promise du prince héritier dom Pedro.
Ce qui devait arriver, arriva et ce fut même un classique du genre qui devait se répéter longtemps: la vie en couple à trois. Le mari, la femme (épousée pour raison d'état à qui on fera quelques enfants par corvée, pour pérenniser la dynastie et surtout pour sauver des apparences illusoires) et enfin la maitresse. Encore au début du siècle dernier, il était de coutume de dire aux jeunes gens: "le mariage n'a aucun rapport avec l'amour. Si tu veux aimer, tu n'as qu'à prendre une amante", comme c'est moral pour une société qui se prétendait puritaine. Par conséquent, l'Infant Pedro fut bien contraint d'épouser donha Constanza et de la mettre grosse pour satisfaire les convenances. Mais voyez-vous " le coeur a ses raisons que la raison ignore": dom Pedro tombe éperdument amoureux de donha Inès, et c'est réciproque. Ils devinrent donc amants. La malheureuse infante Constanza feint de ne pas être au courant et elle ne broncha pas, elle resta digne et la tête haute au nom des convenances.
Le Roi Alfonso est indigné: Mon Dieu, doux Jésus, mon fils a une maitresse et en plus c'est une bâtarde (sic) !!! Ce qui consternait le monarque, Inès était sa nièce et il craignait que son fils se fasse manipuler par ces cousins Castro. Ceux-ci avaient parait-il la réputation d'être des intrigants. Alors, le Roi intrigua: il ordonna qu'Inès soit la maitresse de Fernando, le premier enfant de Pedro et de Constanza. La morale de l'époque interdisait toute relation particulière entre la marraine d'un enfant et le père dudit enfant. Il était même prohibé de se marier avec l'enfant de sa marraine même si vous n'aviez aucun lien de parenté par le sang avec votre marraine. Il y avat un lien de parenté par le coeur. On appelait celà: une parenté spirituelle. Le souverain avait crû ainsi détourner définitivement Pedro et d'Inès, il n'en fut rien. Il exila Inès au château d'Albuquerque, Pedro se précipita pour la rejoindre. Alors le roi réfléchit à un autre stratagème, lorsque Constanza mit au monde un troisième enfant et mourut peu après.
Constanza morte, Pedro pouvait épouser Inès. Nenni, le Roi Alfonso ne voulut entendre parler d'une union entre son fils, son héritier et successeur, avec une bâtarde (sic), même si les deux parents de celle-ci étaient nobles. Mais quand on nait noble, on se doit de montrer l'exemple: tel fut le raisonnement du souverain. En pourrissant la vie d'Inès, il sanctionnait la conduite des parents de celle-ci. Il voulut contraindre son fils à épouser en secondes noces une altesse royale. Mais Pedro voulut épouser Inès, il voulait ainsi régulariser sa situation matrimoniale: Inès mérite mieux que le statut de concubine. Le Roi hallucine: pour lui, il était hors de question qu'une bâtarde (sic) puisse devenir un jour Reine du Portugal. On prétendit et la légende devait répéter sans l'once d'une preuve, que Pedro et Inès se marièrent devant Dieu derrière le dos du Roi. Et sur ce fait peut-être imaginaire, Montherlant devait broder comme tant d'autres avant lui.
Or, le mariage d'amour (insensé pour l'époque) entre Pedro et Inès dérangeait: Inès est née d'un père galicien et les portugais ne veulent plus être dépendants de quelconques familles ibériques. Inès reine, il y la crainte d'un assujetissement du Portugal par un royaume ibère. Alors, le Roi Alfonso de conclure définitivement ce qu'on pourrait appeler: l'Affaire Inès de Castro. Il paie des individus pour que ceux-ci occissent Inès à Coimbra, ils l'ont égorgé. Elle avait à peine trente ans. Fou de douleurs, Pedro ne fit pas non plus dans la mesure: il déclara la guerre à son propre père avec l'aide puissante des Castro. Il rallia tous les mécontents et il fit sombrer son pays dans la guerre civile au moment où la peste noire faisait des ravages. Pedro ayant appliqué ce vieux réflexe paien: ah ! Tu as voulu la guerre, et bien, tu l'as. Oeil pour oeil, dent pour dent. C'était en 1355.
Ce fut la Reine Beatriz, épouse d'Alfonso et mère de Pedro qui parvint à les réconcillier et susciter la paix. Le Roi Alfonso s'éteignit en 1357. Pedro devint roi. Deux des assassins d'Inès s'étaient réfugiés en Castille, le monarque de ce pays les livra à Pedro... Un troisième larron parvint s'enfuir jusqu'en France où il eut l'intelligence de se faire oublier. En 1361, il eut le transfert avec fastes de la dépouille d'Inès de l'église Santa Clara de Coimbra à celle du monastère d'Alcobaça. Les obsèques d'Inès furent grandioses. Le Roi Pedro lui offrit un tombeau magnifique avec un gisant magnifique très ressemblant. La légende voulut que Pedro fit construire un autre tombeau (le sien) en face de celui d'Inès. Au moment du Jugement dernier, ils se regarderont droit dans les yeux quand ils se lèverons ressucités de leurs sépulcres. Il la fit sacrer en tant reine du Portugal à titre posthume et selon la légende, il obligea la cour de baiser la main du cadavre d'Inès.
> La Reine Morte de Pierre Boutron (2009) d'après l'oeuvre d'Henry de Montherlant (1942) avec Michel Aumont, Gaelle Bona, Thomas Jouannet, Astrid Berges-Frisbey, Aladin Reibel. Mardi 19 Mai 2009 à 20h30. Vous allez avoir la chance de pouvoir entendre cette tirade: le Roi s'adressant au Tout-Puissant en lui parlant d'un de ces conseillers lui ordonnant de tuer donha Inès en ces termes: " Mon Dieu ne lui pardonnez pas, car il sait ce qu'il fait ! " C'est exactement l'inverse de cette exhortation du Christ à son Père au sujet des commanditaires de sa crucifixion: " Mon Dieu pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font !"
Pour en savoir plus:
CHANTAL (Suzanne): Au rendez-vous de la Reine Morte. (Historia, Août 1979).
FRICHES (Claude-Henri): Le personnage d'Inès de Castro chez Ferreira Velez de Guevara et Montherlant dans Arquivos do Centro Cultura Portuges (tome 3, 1971). Ce recueil d'études et d'archives peut être consulter à la Bibliothèque Municipale de Versailles sous la côte Morel Fatio F 1404 (3).
LUCET (Sophie) : La Reine Morte, Inès de Castro (L'Inventaire, Paris, 1998) Document publié avec le concours du Conseil Régional de Basse-Normandie.
QUERALT DEL HIERRO (Maria Pilar): Inès de Castro (Martinez Rocca, Madrid, 2008) Livre publié en castillan et que vous pouvez acheter sur: http://www.casadelibro.com/libro-ines-de-castro-la-leyend...
Des documents iconographiques sur: http://fr.wikipedia.org/wiki/In%C3%A9s_de_Castro et sur http://lusitania.fr/2008/11/ines-de-castro-la-reine-morte...
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