vendredi, 05 juin 2009
Aristides de Sousa Mendes (1885-1954)
Le Vendredi 12 Juin 2009, France 2 diffusera un portrait: Déobéir, l'Histoire d'Aristides de Sousa Mendes. Il s'agit du Consul du Portugal qui, en 1940, sauva trente mille personnes de la griffe de la Gestapo: l'Archiduc Otto de Habsbourg, la Grande-duchesse du Luxembourg, quelques artistes et surtout dix mille israélites. Aristides de Sousa Mendes devait payer très cher son action humaniste. Hommage.
Nous dédions cet article à la mémoire des victimes de la Barbarie Nazie et à celle des Justes. Au péril de leur vie, ils ont écouté leur coeur et ils ont ainsi sauvé l'honneur du genre humain. Un grand nombre d'entre eux ont payé de leur vie, cet acte d'amour contre la Haine, le rejet de l'Autre et du Différent. D'autres ont survécu à la Seconde Guerre Mondiale, ils ont refusé toutes médailles. Ils ont estimé avoir fait que leur devoir.
Une vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=8VES7mjUGf8
1) Un aristocrate royaliste:
Le 19 Juillet 1885, Donha Maria Angelina Ribeiro de Abranches, épouse de Don José de Sousa Mendes, juge à la Cour d'Appel de Coimbra, donna naissance à des jumeaux à Cabanas de Viriato dans le district de Viseu. Ils furent baptisés Aristides et César. Ils devaient recevoir une éducation traditionnaliste, un mélange harmonieux entre la Contre-Révolution et le Catholicisme Social comme la quasi-majorité de la Noblesse européenne de l'époque. Ils furent élevés dans les préceptes intemporels de la Chevalerie: l'Amour de son prochain, en particulier envers les démunis et les proscrits d'une part, et la fidélité à Dieu et au Roi d'une autre part.
En 1907, nobles, ils ont vraiment le choix entre deux professions, l'Armée ou la Diplomatie. Ils optent pour la seconde possibilté après avoir réussi une licence en droit. Quelques mois après, un évènement tragique va profondément heurter leur conscience: la famille royale portugaise est victime d'un attentat. Seule la Reine Amélie et son fils cadet, Don Miguel, survivent. Le roi débonnaire, don Carlos et son fils ainé, l'Héritier, l'Infant Louis-Philippe, sont sauvagement assassinés. Alors que la majorité de la population pleure le Roi et l'Infant, la Révolution d'inspiration maçonnique est en marche. Derrière le double régicide, la main des Carbonari: http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_1er_de_Portugal
(Il faut rappeler que la Reine Amélie (1865-1951) était la petite-fille du "Roi des Français" Louis-Philippe 1er. Elle est décédée en exil dans le château de Bellevue au Chesnay près de Versailles. Plusieurs membres de ma famille, dont mon père adolescent, se sont recueillis devant sa dépouille. Le château de Bellevue est devenu une école d'agriculture.)
Aristides et César sont encore étudiants lorsque la Monarchie s'écroule. En 1909, Aristides épouse Angelina, une de ces cousines germaines. Ils auront quatorze enfants. Ils recevront la même éducation de leurs parents. Le 5 Octobre 1910, la République est proclamée. Aristides est royaliste et il défends les droits ancestraux de l'église alors que la République Portugaise, copiant la République Française, s'illustre par des mesures anticléricales d'une rare violence. "La Gueuse" épie Aristides:
- Entre 1910 et 1916, il mène une carrière honorable en tant que consul et non pas ambassadeur: c'est une humiliation. Car même si le métier de consul est tout à fait respectable, c'était l'opinion d'Aristides, cette profession est moins prestigieuse que celle d'ambassadeur. Le Consul, c'est le commerce; l'ambassadeur, c'est la diplomatie et la géopolitique.
- La République le nomme loin du Portugal. Il est d'abord en poste à Demerara en Guyane Britannique puis à Zanzibar où le climat est excécrable: sa nombreuse famille souffre de problème de santé. Le Portugal entre dans le premier conflit mondial en 1916 en rejoignant les Alliés. En 1919, la République sanctionne Aristides à cause de son militantisme en faveur du rétablissement de la Monarchie, il est mis en disponibilté.
Pour la première fois, Aristides est sanctionné, parce-qu'il a voulu rester fidèle à ces convictions.
En 1921, contre toute attente, il est nommé comme consul à San Francisco à titre provisoire. Un poste qu'il conservera jusqu'en 1923. C'est à San Francisco que naitront ses neuvième et dixième fils, Carlos et Sébastien. En 1924, il est nommé consul au Brésil à Maranhao puis à Porto Allegre.
En 1926, il est rappelé à Lisbonne pour travailler à la direction générale des Affaires Commerciales et Consulaires alors que la Républiqueportugaise vit ses dernières heures.Le 28 Mai, elle est renversée par une révolution orchestrée par le Maréchal Gomes da Costa. En 1927, Gomes nomme Aristides consul à Vigo. Un an après, l'économiste Salazar devenait ministre des finances.
En 1929 débute pour Aristides, Angelina et leurs enfants, une période de bonheur: Aristides est nommé Consul à Anvers et accrédité comme consul auprès du Grand-Duché de Luxembourg jusqu'en 1938. Ils menèrent une vie paisible à Louvainoù ils s'étaient établis. Les enfants ainés pouvaient suivre les cours à la célèbre université catholique. Aristides et Angelina eurent la joie de marier leur fille Isabelle à l'un de ces condisciples, Jules d'Août.
Aristides était aussi un très bon chanteur, il aimait interprêté Puccini, Verdi ou encore Mascagni. Des professeurs de dessin et de musiqure accouraient pour donner des leçons aux enfants. Les ainés jouaient du violon, du violoncelle et même de la viole. Aristides organisait des récitals qu'il offraient à ces relations. Pendant cette période de quiétude, Aristides et Angelina eurent le malheur voir mourir de deux de leurs enfants: en 1934, le deuxième fils Manoel à l'âge de 22 ans alors qu'il venait de terminer des études pour devenir diplomates et une fille Rachel, à peine âgée de dix-sept mois. Le troisième fils prénommé José devait rester traumatiser de ces épreuves.
Aristides et Angelina avaient compris que leurs enfants avaient besoin de stabiliter, c'est pourquoi ils choisirent Le Passal à Cabanas comme résidence secondaire. C'est un château où les enfants d'Aristides passèrent leurs congés et où ils pouvaient inviter leurs amis et leurs cousins. Leurs amis n'étaient pas tous issus de la Noblesse, il y avait des enfants de paysans et d'artisans. Aristides et Angelina avaient inculqué à leurs enfants de ne faire aucune distinctions de castes. Tous furent invités à venir au mariage de Clothilde, la fille ainée d'Aristides.
2) L'entrée dans l'Histoire:
En 1938, Aristides fut nommé consul à Bordeaux par Salazar, en acceptant ce poste, Aristides ignorait qu'il avait rendez-vous avec son destin. En Septembre 1939, les habitants de Cabanas eurent la surprise de voir arriver Silverio de Sousa Mendes, un oncle ou cousin d'Aristides, accompagné des plus jeunes enfants de celui-ci et des employés. La Seconde Guerre Mondiale avait éclaté. Et la France fut vaincue par les Nazis.
Une foule inombrable fuyait l'avancée des allemands en pleine débacle. Le désir de ces pauvres hères: rejoindre à tout prix le Portugal et l'Espagne, les deux seuls pays à ne pas être entrer dans le conflit. Les deux dictateurs, Franco l'Espagnol et Salazar le Portugais, étaient parvenus à se déclarer neutre en jouant sur tous les tableaux. Ce qui leur permettera de se maintenir au pouvoir jusqu'à leurs décès et de continuer à gouverner leur pays d'une main de fer sans risquer d'être renversés par une puissance étrangère.
La population à Bordeaux passe de 30 000 à 2000 000 habitants en quelques semaines. Salazar envoie une directive à Aristides, la circulaire 14 qui stipulait qu'il ne fallait surtout pas délivrer de visas aux apatrides et aux juifs. Aristides fut scandalisé d'un tel ordre en contradiction totale avec ces convictions. C'est alors qu'il fit la connaissance du Grand Rabbin d'Anvers, Jacob Kruger qui avait tendance amalgamer tous les goys (non-juifs) aux nazis. Aristides lui montrit son erreur en lui proposant de l'héberger ainsi que sa famille et à lui fournir des visas pour le Portugal. Après avoir discuté une nuit avec le rabbin, Aristides décida d'appliquer ces convictions et donc de désobéir volontairement à la circulaire 14.
Les réfugiés arrivèrent en masse au consulat, la nouvelle avait été vite répandu dans tous Bordeaux: le consul donne des visas pour le Portugal. Le 16 Juin 1940, Aristides déclara: " Désormais, je donnerai des visas à tous le monde. Il n'ya plus de nationalité, de race, de religion." Aidés de ces enfants, de ces neveux et du rabbin, il tamponna plusieurs milliers de visas avec allégresse sur n'importe quelle feuille de papier, il accepta même de concevoir des faux passeports. Son comportement fut signalé à Salazar. Celui-ci d'abord envoya un courrier poli à Aristides pour lui demander d'appliquer la circulaire 14. Ensuite Aristides reçut des menaces. On attribue à Aristides, l'aveu suivant: "S'il me faut désobéir, je préfère que ce soit à un ordre des hommes qu'à un ordre de Dieu."
Salazar ordonna des mesures contre lui. La police politique du dictateur arrivèrent à Bordeaux et ils arrêtèrent Aristides. Celui-ci continua à délivrer des visas dans le bureau du vice-consul à Bayonne, médusé, alors qu'il était entouré de deux policiers portugais. Nous étions le 23 Juin 1940. Et ce jours-là, Salazar l'a démis de ces fonctions de consul, il n'en a cure, il continue à délivrer des visas aux malheureux qu'il croise sur la route d'Hendaye sans tenir compte de la police portugaise. Il a l'audace de prendre en voiture la tête d'un convoi de réfugiés qu'il mène jusqu'à un poste de douane du côté espagnol. Ce poste n'a pas le téléphone, les douaniers n'ont pu apprendre l'ordre de Franco de rmer la frontière avec la France. Aristides ordonne aux douaniers de laisser entrer le convoi des réfugiés, ceux-ci impressionnés obtempèrent.
Aristides est repris par la police portugaise devant les yeux de plusieurs enfants. Lui et sa famille sont rapatriés au Portugal où après un simulacre de procès, Aristides est condamné pour désobéissance à être privé d'exercer son métier de consul pendant un an et d'exercer définitevement toutes fonctions juridiques. Ne recevant plus aucun salaire, Aristides et sa famille sont réduits à la misère. Ils parviendront à survivre grâce à la communauté juive de Lisbonne. Elle aidera Aristides à envoyer ces enfants faire des études en Amérique du Nord et en Afrique. Deux de ces fils participeront au débarquement allié en Normandie, le 6 Juin 1944. Angélina meurt d'épuisements en 1948. Aristides la rejoignit dans la tombe en 1954. Salazar devait se réjouir que 15000 juifs avaient pu se réfugié au Portugal pendant le conflit mondial !!! Mal informés, les Alliés devaient féliciter Salazar tout sourire.
On estime qu'Aristides de Sousa Mendes a sauvé trente mille personnes en quelques semaines, dont dix mille israélites. Voici le témoignage du Grand Rabbin Kruger: http://www.sousamendes.com/kruger.htm Et ceux de l'Archiduc Otto de Habsbourg et de la Grande-Duchesse Charlotte de Luxembourg: http://www.sousamendes.com/habsbourg.htm
Devant ces juges, il a dit cette phrase magnifique: "Si tant de juifs ont souffert d'un démon qui n'était pas juifs, il est normal qu'un chrétien souffre ce qu'ont enduré tant de juifs". L'action humaniste d'Aristides sera reconnu par le Yad Vashem en 1966 qui lui décerne le titre de "juste parmi les nations", un arbre ou une forêt portant son nom. Le 23 Juin 1987, le nom d'Aristides de Sousa Mendes était donné à une avenue à Jérusalem. Mais il faudra attendre 1987 pour que Le Portugal réhabilite Aristides et honore sa mémoire. Et c'est un fils spirituel de la république portugaise qu'avait tant combattu Aristides qui lui rend hommage, le président socialiste Mario Soarès. Ce dernier décore Aristides à titre posthume de l'ordre de la Liberté, il lui décernera en 1994 la croix du mérite. La famille d'Aristides a reçu en 1987 des excuses publiques et a depuis pu reprendre possession du château du Passal (en ruine). En 1994, le président Soarès inaugure un buste d'Aristides à Bordeaux, un monument édifié à l'initiative du Comité National d'Hommage à Aristides de Sousa Mendes: http://www.sousamendes.com/
Nous vous invitons à découvrir un musée virtuel (avec vidéos) consacré à Aristides, le contenu est en portugais: http://mvasm.sapo.pt
Il est plus que probable que le téléfilm sur Aristides occulte son passé de combattant royaliste. Il en va de même concernant plusieurs vidéos sur Aristides que nous avons découvert sur www.youtube.com
Si Aristides est passé à la postérité, ce n'est pas le cas de son frère jumeau César. Pourtant lui aussi à délivrer un très grand nombre de visas à des réfugiés pour le Portugal jusqu'en 1942 alors qu'il était vice-consul à Toulouse. D'autres diplomates et consuls ont été des Justes. Certains ont aussi été sanctionné par leur hiérarchie comme Aristides pour désobéissance.
Conclusion:
Salazar prétendait être un bon chrétien, Sousa Mendes lui a montré ce que c'est d'être un vrai chrétien. Et on peut se batte pour défendre ces convictions royalistes et patriotes tout en se battant pour sauver des milliers d'innocents: tel fut le credo d'Aristides et de son frère César. Leurs combats se rapprochent de celui d'un Honoré d'Estienne d'Orves ou d'un Claus von Stauffenberg: la chevalerie pour tous et contre la tyrannie et la haine.
En proclamant les mérites d'Aristides de Sousa Mendes, le président Mario Soarès, qui fut pourtant son adversaire du point de vue idéologique, a refusé de populariser l'amalgame stalinien: confondre volontairement les résistants et les justes de Droite (catholiques, royalistes) qui ont agi par patriotisme et par esprit de charité aux Nazis et aux Fascistes, leurs adversaires qui les persécutaient. Quand la Pologne est tombé sous le joug soviétique, les Rouges ont séquestré et torturé à mort les chefs de la Résistance Catholique et Nationale Polonaise aux Nazis en les laissant courir le bruit que ces chefs, ces héros, étaient des "collabos".
SOURCES :
La bibliographie la plus complète et la plus pertinente sur Sousa Mendes peut être consulter à la fin du site: http://pagesperso.orange.fr/d-d.natanson/aristides_de_sou...
Vous pouvez acquérir la biographie de Sousa Mendes écrite par José Alain Fralon sur : http://www.amazon.fr/exec/obidos/2909351424/intactfr205-21
15:39 Publié dans Enquête | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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