mardi, 27 octobre 2009

Requiem pour la Nouvelle-France: la suite

Nous avons regardé avec beaucoup d'intérêt le documentaire diffusé sur Arté intitulé " La fin de la Nouvelle-France", et nous sommes navrés de constater la même erreur et la même omission: non !!! Le Québec n'est pas le seul ilôt francophone qui perdure en Amérique du Nord !!! Nous reprons donc notre ode en prose adressée à notre fille fictive. C'est un subterfuge pour vous présenter le résumé de nos recherches entreprises sur le peuplement français en Amérique du Nord.

      Ma chérie,

 Je t'ai attristé lorsque tu as découvert la fin brutale de la Nouvelle-France et tu m'as posé un déluge de questions. Je vais tenter d'y répondre en reprenant notre récit:

 La vie paraissait clémente en Nouvelle-France tout au long des XVIè, XVIIè et XVIIIè siècle malgré un climat plutôt rude: il arrive parfois qu'il fait -40° degrés en plein hiver !!!! Mais cette "douceur de vivre" pour reprendre l'expression de Talleyrand fut très relative et remise en question à cause de plusieurs conflits: les guerres indiennes périodiques entre tribus, quelques Français y ont perdus la vie  Un missionnaire, saint Isaac Jogues, fut torturé à mort: l'Eglise l'a considéré comme un martyr et il fut canonisé. Mais ce fut assez rare, je répète les relations entre les Français devenus des Canadiens et les Indiens étaient amicales voire même affectueuses. Un jeune homme pour faire le traducteur entre les Indiens et les Français, Etienne Brûlé, a vécu de nombreux mois en immersion totale chez des Indiens.

   Mais les Anglais voulaient être les seuls maitres de l'Amérique avant de vouloir dominer le Monde. Ils ne pouvaient pas s'étaler sur l'ensemble de l'Amérique du Nord: je te rapelle que les deux tiers de l'Amérique du Nord était alors des possessions françaises. Ils décidèrent d'anéantir la Nouvelle-France par petites touches. Et d'autre part, le Roi Louis XIV  avait banni le Protestantisme de son Royaume. Les Anglais se firent les défenseurs des protestants opprimés (et les protestants français les rejoignirent), sous ce prétexte, ils harcelèrent régulièrement les possesions françaises au cours du XVIIIème siècle jusquà leur victoire finale de 1759, les positions françaises en particulier Québec. Les Armées françaises en Europe sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV on été battu par les troupes anglaises. Et en 1713, l'Angleterre récupéra l'Acadie qui deviendra la Nouvelle-Ecosse. Mais pour les Anglais, celà ne suffisait pas, outre d'harceler les positions restées françaises, ils décidèrent un acte de barbarie: le Grand Dérangement, en 1755.

   Afin que les Acadiens, anciens sujets des Rois de France et demeurés Français de coeur (ils continuaient à épouser et à commercer avec les Canadiens restés français), ne rallient pas les armées françaises, ils décidèrent de brûler leurs villages, leurs fabriques et leurs terres. Ils firent régner la Terreur: éxécutions, populations brûlées vives... Ils séparèrent les survivants, les femmes de leurs maris, les enfants des parents, déportés à des centaines et des milliers kilomètres les uns des autres. Beaucoup moururent de désespoirs et de malnutrituions.   A cause des lenteurs de communications, la France ne parvint pas à arrêter cet acte de barbarie, elle le sut trop tard. Plusieurs acadiens s'échappèrent des Anglais, ils se cachèrent et ils se survécurent dans la province actuelle du Nouveau-Brunswick ou ils rallièrent le Québec et même la Louisiane où ils devinrent les Cajuns et ils se rassemblèrent dans une région aujourd'hui appelée l'Acadiana. D'autres secourrus par la France, put traverser l'Atlantique et faire souche à Belle-Ile-en-Mer ou dans le Bas-Poitou (le département actuel de la Vendée) ou le Moyen-Poitou (le département actuel des Deux-Sèvres) d'où venaient leurs ancêtres partis pour le Canada. Ce sont eux et leurs enfants qui deviendront les Vendéens, combattant pour Dieu et pour le Roi au nom de la Liberté d'expression et de conscience, en 1793 et ils subiront un génocide.  

  A ta question: Que sont devenus les Français de la Nouvelle-France ? Je te répondrai que les plus fortunés parvinrent à revenir en France, la Nouvelle France était définitivement morte en 1763. La majorité de la population devinrent sujette du Roi d'Angleterre.  A Paris, les élites intellectuelles avaient prises faite et compte pour l'Angleterre et elles avaient tout fait pour dénigrer la Nouvelle France. "Pourquoi se battre pour des arpents de neige ?", "Je rêve de voir les Québécois noyés dans le Saint-Laurent" avait osé proclamé Voltaire. Mais le roi Louis XV était parvenu que les "Canadiens-Français" purent gardés la religion catholique et l'usage de la langue française. Pour lui comme pour son ministre Choiseul, la perte du Canada ne pouvait être qu'éphémère: ils préparèrent "la revanche américaine", afin de reconquérir leurs possessions. Ils envoyèrent dans les colonies anglaises d'Amérique des espions chargés de transformer le mécontement croissant des Anglais d'Amérique envers Londres en insurrection: c'est l'origine méconnue de la Guerre d'Indépendance Américaine.  Les futurs américains révoltés devenaient demandés de l'aide de la France. Mais le Roi Louis XV était mort en 1774 deux avant la proclmation de l'Indépendance des Etats-Unis (1776), c'est son petit-fils, Louis XVI, après des réticences, qui envoya les troupes françaises aidés les Américains. Mais faute de crédits et suivants les conseils de son ministre Vergennes, Louis XVI se résigna à ne pas reconquérir les anciennes possessions françaises. As-t-il voulu reconquérir ces terres ? La Révolution ne lui laissa pas le temps...

 Pourquoi Louis XVI avait-il eu des réticences ? Ta question est pertinente, j'espère que tu jugeras ma réponse aussi pertinente: le Roi se souvenait que parmi les Anglo-Américains insurgés -on les nommait les "Insurgents"- se trouvaient des vétérans de la Guerre de Sept Ans, des individus qui avait lutté pour l'anéantissement de la Nouvelle-France et qui avait commis des meurtres. Parmi eux, George Washington, qui avait assassiné un émissaire de Louis XV, le sieur Jumonville. Certains avaient participé au Grand Dérangement ou avaient incendié des villages français sur la rive française du Saint-Laurent sur ordre de Wolfe, le général anglais qui avait battu Montcalm en 1759.

D'autre part, au début de la Guerre d'Indépendance Américaine, les Anglo-Américains voulaient que tous le Canada soit rattaché à leurs Treize Provinces, ils on envoyés des troupes dans l'ancien Canada Français, des troupes qui n'ont pas forcément eu un comportement chevaleresque envers les populations de souche française. Et en riposte ces populations se sont armés pour repousser ces troupes et c'est pourquoi, le Canada ne fut jamais annexé par les Etats-Unis. Ils sont restés une colonie britannique. Or, tous les Anglo-Américains n'avaient pa stous luttés pour l'anéantissement de la Nouvelle-France et tous n'étaient pas favorables à l'Indépendance des treize provinces. On les appelait des Loyalistes. Les Insurgents les ont d'abord humiliés avant même de les persécutés. Ils furent contraint de quitter la côte est des Etats-Unis actuels pour émigrer dans la province actuelle de l'Ontario: ils sont devenus bien malgré eux, les premiers Canadiens Anglais.

Et les populations de souche française ? Ils eurent l'impression que la France les abandonnait. Mais ils ne l'ont pas renié. Un grand nombre d'entre eux jusqu' à nos jours se sont battus pour garder et sauvegarder notre langue, notre culture, notre tradition autour de leurs curés. Leurs combats furent rassemblés dans une expression: la Survivance. C'est un mot-valise issu de la contraction des mots "Survivre" et "Résistance". Car tous les gouvernements coloniaux et tous les Canadiens Anglais ne furent pas tolérants envers les Français. S'ils l'avaient été, plus un seul canadien aujourd'hui se battrait pour la sauvegarde du Français. Alors, en plus de chanter des airs et des pièces de théâtre venus de France, les "Canadiens-Français" ont créé des oeuvres inédites souvent d'une  grande beauté: je t'ai parlé d'Emile Nelligan, de Miron, de la Bolduc, de Félix Leclerc et de Gilles Vigneault. Des poètes, dont un grand nombre se firent chanteurs, les dignes héritiers des trouvères.

Ils se rassemblaient en comités de défense, leur fête: la Saint-Jean-Baptiste, le 24 Juin. Ils ont créé des journaux avant de se battre pour avoir la radio puis la télévision en Français. La Foi catholique intrinséquement liée à la résistance? Certains Canadiens-Français eurent des mandats éléctoraux dans les assemblées municipales, provinciales et même fédérales du Canada. D'autre se soulevèrent contre la tutelle britannique en s'inspirant des principes de l'Ancien Régime ou de 1789. La liste est longue, je te citerai la révolte des Patriotes en 1837-1838 et celle du métis franco-maintobain Louis Riel. Les Anglais les condamnèrent à mort. Et malgré les pressions de la France, ils furent éxécutés pour la plupart. Seul le chef charismatique des Patriotes, Papineau parvint à se réfugier en France.

Tu me demandes ce qui signifie l'expression "la revanche des berceaux": les Canadiens-Français eurent énormément d'enfants. Et ils étaient essentiellement des ruraux jusque dans les années 1960. Trop d'enfants pour cultiver la même terre, surtout que depuis la seconde moitié du XIXème siècle des milliers de Français de France sont venus les rejoindre. On gagnait en Amérique du Nord en une journée ce qu'on gagnait en un mois en Europe. Alors les Canadiens et les Français fraichement débarqués reprirent la Conquête de l'Ouest et ils participèrent à la Ruée vers l'Or. C'est la raison de l'apparition d'îlots francophones dans tous le Canada jusqu'au Pacifique. Ces îlots sont toujours bien vivants malgré les pressions et les humilliations des anglophones. D'autres Canadiens-Français firent souche en Nouvelle-Angleterre chez l'ennemi, ils constituèrent des villages français, les "Petites Frances" ou les "Petits Canada, regroupés sous l'appellation "le Québec d'en-bas". La plupart de ce qui devenaient des "Francos" venaient du Québec. Là aussi, ils sont parvenus à pérenniser le Français...La Survivance était une réalité dans les environs de Boston et de Philadelphie. C'est à ce moment qu'apparaissent les Californiens-Français. Tandis que les Créoles et les Cajuns de  la Louisiane eurent un destin simillaire aux Canadiens-Français.

On ignore souvent que les Français d'Europe (il faut aussi inclure les Wallons, les Suisses Romands, les Valdôtains) et ceux d'Amérique ont participé à la Guerre de Sécession. Mais selon l'endroit où ils avaient fait souche, ils furent nordistes ou sudistes.

Il ne faut pas se leurrer, un grand nombre se sont progressivement angliciser et leurs descendants anglophones ignorent souvent leurs origines françaises, d'autres les redécouvrent et ils apprennent le Français. Mais plus de la moitié des Canadiens-Français et des Franco-Américains sont restés "français et fiers de l'être", sans être forcément resté des catholiques pratiquants, certains sont protestants. Mais tous continuent à se battre pour garder l'usage du français et de notre culture. Ils ont bien mérité le titre de "Français d'Amérique". Surtout que beaucoup d'entre eux se sont engagé pour libérer la France des armées prussiennes en 1914-1918 et des armées nazies en 1940-1945, certains ont laissé leur vie à Verdun ou en Normandie. Ils sont morts par fidélité à la France. Il ne faut oublier pas leur sacrifisme. Ils ont entrainé des Américains anglophones, descendants directs de ceux qui avaient voulu l'anéantissement de la Nouvelle-France !!! Quelle revanche de l'Histoire !!!  Le grand combattant pour la France et le fait en Amérique du Nord fut le théoricien du souverainisme: René Lévesque (mort en 1984). Il reste une référence. 

Après les combattants, il eut les chanteurs que nous connaissons bien et d'abord Félix Leclerc. Lui aussi s'est battu pour notre langue et notre culture comme la majorité des artistes, qui hélas n'ont pas tous fait carrière en Europe. Ce qu'on sait pas non plus en France à cause du silence incompréhensible des médias: il existe à Paris et dans les provinces de France des associations (les Amitiés Acadiennes, France-Louisiane, France-Québec...) qui se battent pour entretenir des liens familliaux avec les Français d'Amérique, afin que les Français D'Amérique et ceux d'Europe se souviennent qu'ils ont formé, qu'ils forment et qu'ils formeront un seul et même peuple.

Il ne faut jamais oublié que les Français d'Amérique ont été victime de l'oppression, de ségrégations et autres discriminations. C'est pourquoi, ils se sont battus avec héroisme. Mais ils on eu le mérite de n'être jamais xénophobes. Ils n'ont jamais oublié leurs racines, les nôtres tout en chaleureux envers autrui. Je me souviens d'une jeune fille québécoise qui m'avait dit cette belle phrase empruntée au parolier Luc Plamondon: "Ce n'est pas parce-qu'il s'ouvrir aux autres qu'il faut renier son âme". Celà veut dire aussi qu'on doit être chaleureux envers autrui sans oublier d'où on vient, on peut aimer l'Autre et sa Nation. La morale est qu'il faut continuer à entretenir des liens affectueux avec les Français d'Amérique tout en serviable avec l'Autre.

Oui, on peut pleurer la Nouvelle-France, mais on se consolera en constatant qu'elle reste bien vivante dans le coeur de millions de Français de part et d'autre de l'Atlantique.  

 

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