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jeudi, 29 mars 2012

"Les Adieux à la Reine" face à l'Histoire.

 J'ai eu la chance de voir ce beau film en avant-première  au Cinéma Le Cyrano à Versailles, c'était le 18 Mars 2012. Les membres du Comité de Défense de Versailles ont prétendu que ce film réalisé par Monsieur Benoit Jacquot, décrit la Reine comme une personne vicieuce et dépravée. Les membres de ce comité sont indignés de la présentation de leur Reine adorée. Ils estiment que cette présentation relève du blasphème (!?). Jusqu'à ce que je sois averti  de l'indignation de ces personnes, j'avais au contraire entendu que des critiques positives et louangeuses. Ayant entendu des opinions divergentes, j'ai décidé d'aller voir ce film et afin de me faire ma propre opinion. Je commente un film qu'après l'avoir vu comme un livre, je le commente qu'après l'avoir lu ! Monsieur Jacquot a reproché aux membres dudit comité de n'avoir pas vu son film avant de quitter le cinéma en criant: "Vive la Reine ! " Il avait rappelé avec raison que son film que l'adaptation d'un roman écrit par Madame Chantal Thomas. Il ne s'agit pas d'un documentaire.

 J'ai regardé l'intégralité de ce film. J'ai cherché en vain toutes scènes scabreuses donnant une image déplorable et diffamatoire de la Reine. Des images pouvant justifier l'ire des membres du comité versaillais. Je regrette pour eux, je n'ai vu aucunes scènes scandaleuses: il n'y a aucunes scènes d'amour ! Je vais vous raconter ce que j'ai vu. Ma réflexion s'articulera en deux parties: tout ce qui relève de la fiction dans ce film et tout ce qui relève de la vérité historique. Enfin, nous concluerons. Notre réflexion se fera à la lumière des connaissances de la Recherche Historique.

  Voici la bande-annonce de ce film: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19309241&a...

1) Ce qui relève de la fiction :

 Le film commence par une scène curieuse: des gardes chassent des mendiants sans le moindre ménagement. Qui a donné l'ordre de malmener ces pauvres hères ? Nous ne le saurons pas.  Ensuite, nous sommes témoins  de ce que la Famille Royale, la Cour et les employés ont vécu ou sensés avoir vécu à Versailles aux lendemains de la Prise de la Bastille, le 14 Juillet 1789.  Nous sommes témoins de ce péripéties en suivant la lectrice attitrée de la Reine, Sidonie Laborde. C'est un personnage de fiction.

 Elle voue une grande affection envers la Reine, celle-ci relève de la dévotion envers une divinité. Ce sentiment est un amour pur, il est incompréhensible aujourd'hui pour des républicains, il l'est au contraire pour des royalistes. Je me souviens des Belges qui pleuraient lorsqu'ils ont appris que le Roi Baudouin venait de mourir, il en fut de même pour des Monégasques quand ils ont su que le Prince Rainier était décédé.  Je me souviens des Japonais qui hurlaient de joie lorsqu'ils ont que leur empereur allait avoir un héritier.  Je sais le cas du Marquis de la Rouerie, chef de l'Association Bretonne (mouvement contre-révolutionnaire) ; il mourut d'une crise cardiaque après avoir appris que Louis XVI venait d'être guillotiné.  Les Vendéens et les Chouans se sont soulevés "pour Dieu et pour le Roi".  Il ya eu des royalistes de toutes conditions (aristocrates, commerçants, ouvriers) qui organisèrent des conspirations pour sauver Marie-Antoinette de l'échafaud: la conspiration des Oeillets et celle des perruquiers pour ne citer que les plus connues. Sidonie Laborde, elle, elle est près à finir ces jours auprès de la Reine.

 Les sentiments de Sidonie Laborde sont donc crédibles. Une autre scène fictive est aussi crédible: une dame de la Cour prévient Sidonie que "l'orage gronde" et que la vie de sa maîtresse est en danger. Sidonie ne croit pas les avertissements de cette dame pourtant très bien renseignée. Sidonie la repousse gentiment en lui disant qu'"à Versailles, on est en sécurité ! " Ce dialogue, quoique fictif, est crédible. Car, de nombreuses personnalités (prêtres, nobles, diplomates, artistes) ont prévenu la Reine et son entourage dès les années 1779-1780 qu'une révolution se tramait. Mais ils ne furent pas pris au sérieux ! Ils furent pris à tort pour des oiseaux de mauvaise augure. Je pense que vous vous souvenez des paroles de la chanson de Fabre d'Eglantine, Il pleut bergère: "Entends-tu le tonnerre, il roule en approchant", "Voici venir l'orage". Marie-Antoinette aimait jouer à la bergère dans son hameau. Deux autres scènes pouvant être discutée: Marie-Antoinette pleure sur l'épaule de Gabrielle de Polignac. Devant le Roi et toute la cour rassemblée, elle se précipite dans les bras de son amie. Elles partent toutes les deux en se soutenant mutuellement.  

 D'autres scènes d'importance moindre sont elles aussi fictives et crédibles: les relations amicales de la lectrice avec les autres employées, dont deux jeunes filles (jouées par Marie-Julie Parmentier et Lolita Chammah) et un archiviste, le brave Monsieur Moreau. Nous avons le plaisir de revoir dans ce rôle, un acteur très sympathique: Monsieur Michel Robin. En revanche, un fait est fictif et absurde: le fait que Monsieur et Madame de la Tour du Pin se parle en anglais !

2) Ce qui relève de la vérité historique:

 D'autres scènes sont exactes du point de vue historique: les Aristocrates s'entassant dans des chambres insalubres avant de quitter Versailles en catimini et en pleine nuit. Les rats quittant le navire. Le comportement de Louis XVI. On le voit trop peu. Xavier Beauvois est impeccable dans le rôle du souverain refusant la violence.

 Il faut rappeler certains faits: Marie-Antoinette est arrivée à l'âge de quinze ans en France. Jeune fille charmante et simple, elle s'est vite entourée d'une bande d'amis ayant peu ou prou son âge. Parmi ceux-ci, on relève le nom de la Princesse de Lamballe et celui de Gabrielle de Polignac. Ils étaient des jeunes gens aimant s'amuser, danser et s'habillant à la mode de leur temps. Beaucoup de jeunes entre 15 et 25 ans ont encore de nos jours un comportement simillaire. C'était de l'insouciance. Or, Marie-Antoinette a révolutionné la Cour par ces manières naturelles et chaleureuses, les courtisans étaient parfois choqués ou interloqués: elle était bonne et généreuse avec quiconque sans faire la moindre distinction entre les castes et sans mettre la moindre distance entre elle et son interlocuteur. Elle montrait à toute la Cour qu'elle avait de l'amitié pour telle ou telle personne. Au hameau, elle exigeait qu'on ne lui présente pas les hommages qui pourtant lui étaient dûs en sa qualité de dauphine puis de reine. On l'a voit dans ce film faire un compliment à sa lectrice et à vouloir la soigner !!!

 Marie-Antoinette osa jouer au théâtre en tant que comédienne. Avec son beau-frère le Comte d'Artois, le futur Roi Charles X, et ces amis, elle osa jouer une pièce alors controversée, le Mariage de Figaro de Beaumarchais. Cette pièce ridiculise la Noblesse: le valet Figaro jette comme insulte au Comte Almaviva, cette algarade: "Vous vous êtes donnés que la peine de naître ! " Elle a fait jaser. Elle fut totalement calomniée. Mais elle vivait dans une bulle. Le 14 Juillet 1789, la bulle a éclaté.

 Voici ce qui est aussi exact: aux lendemains de la Prise de la Bastille, Marie-Antoinette était prête à s'exiler. On l'a voit dans le film en train de préparer ces bijoux pour son départ.  Le Roi n'a pas alors souhaité s'exiler. La Reine a dû rester à son grand désarroi. Quand Louis XVI finira par accepter de fuir à l'étranger, il sera trop tard. Ce sera la pitoyable fuite à Varennes en 1791. Autres faits authentiques: la publication d'un document sur lequel on pouvait lire une liste de personnalités condamnés à mort par les Révolutionnaires, dont la Reine et Gabrielle de Polignac. Marie-Antoinette s'entretint avec Gabrielle: elle lui dit que c'est à cause d'elle que son nom se trouve sur cette liste. Marie-Antoinette lui ordonne de partir sur le champ en exil, ce que Gabrielle devait faire. Après le départ de son amie, la Reine éclata en sanglots ! Elle ne devait jamais la revoir.

3) Ce que nous précisons pour conclure:

 Il faut prendre le film de Benoit Jacquot pour ce qu'il est vraiment: une adaptation soignée d'un roman. Ce film alterne les scènes fictives et crédibles avec des scènes exactes du point de vue historique. Diane Kruger est éblouissante dans le rôle de Marie-Antoinette. Je laisse évidemment libre autrui d'interpréter telles ou telles scènes comme il le souhaite. L'atrice Virginie Ledoyen, interprète de Gabrielle de Polignac, pense que celle-ci et la Reine "étaient amantes". Il n'existe par la moindre preuve pour infirmer ou confirmer l'opinion de cette comédienne talentueuse. Aucunes scènes du film de Benoit Jacquot montre explicitement une relation "particulière" entre la Reine et Gabrielle. J'ai écris que je ne partageais pas l'opinion du comité versaillais. Il n'y aucunes scènes d'amour dans ce film. Mais vous connaissez désormais ma position, la pensée de Virginie Ledoyen et l'indignation du comité versaillais: je vous invite à aller voir ce film, afin que vous-même vous puissiez faire librement votre propre opinion.

  Je vous invite aussi à consulter une bibliographie consacrée à Marie-Antoinette et à la Révolution Française: http://leonarddebony.hautetfort.com/archive/2011/06/06/la...

 

 

 

 

 

15:55 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

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